Ce que les Amazones, Atalante et Artémis nous enseignent sur le réductionnisme sexuel chrétien

Le livre d'Adrienne Mayor consacré aux Amazones regorge de trésors. J'aime particulièrement ces pages consacrées à la figure mythique d'Atalante.

À la fin, elle explique pourquoi bien des spécialistes des mythes antiques n'ont rien compris à ce mythe, et encore moins à sa place dans les rituels d'initiation féminine. Pétris de réductionnisme sexuel chrétien, ils ne comprenaient pas que les Grecs aient pu considérer Atalante la chasseresse comme une figure symbolisant un aspect de l'identité féminine et même de la nature féminine.

Le réductionnisme sexuel chrétien considère la femme chasseresse comme contre-nature, comme forcément masculine. Les Grecs d'avant le christianisme, en revanche, associaient Atalante, Artémis et les Amazones, femmes armées, actives et chasseresses, à une sorte d'état de nature de la féminité. Je rappelle qu'Artémis était liée à la lune et qu'elle était la protectrice des femmes pendant l'accouchement: autrement dit, elle symbolise ce qu'il y a de plus viscéral, de plus naturel, dans la féminité.

Bien sûr, la société grecque était patriarcale, et sur les épaules de la femme mariée pesaient de nombreuses obligations. Mais le rôle social d'épouse, avec son lot de soumission, de réclusion, de pudeur imposée, était distingué de "la nature féminine". En donnant une grande importance à Artémis dans les rites de passage féminins (et notamment dans la préparation au mariage), on reconnaissait que le mariage selon les règles patriarcales impliquait pour la femme le renoncement à une partie de sa nature. La relégation domestique de l'épouse n'était pas vue comme "la nature féminine", mais comme un sacrifice identitaire accompli par la femme, une amputation, un deuil, pour répondre aux besoins du groupe.

Il n'existe pas d'âge d'or de la condition féminine dans l'histoire. Mais parmi les nombreuses formes de cultures patriarcales qui ont régi les femmes, certaines comme la charia chrétienne furent complètement totalitaires, au point d'imposer une mono-identité féminine et de nier la possibilité même que les femmes puissent être naturellement portées sur la liberté et l'action, tandis que d'autres cultures furent nettement plus riches, notamment par la diversité des archétypes féminins représentés dans la mythologie.

Je développerai plus amplement le sujet, à la fois par écrit et en podcast. Pour l'heure, je vous laisse avec ces belles pages du livre d'Adrienne Mayor. J'espère que ce sera assez lisible.










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Allez hop ! Tout de suite dans la Pile à Lire !

Les images sont très nettes. J'ai apprécié la sélection.
-"le plus grand bonheur de ce personnage mythologique était de vagabonder, seul, dans les forêts, armé de son arc et de sa lance" :green_heart:
-"La métamorphose des amants en lion et lionne en plein rapport sexuel ressemble plutôt à une récompense et non pas à une punition et s'apparente plus à une intervention divine en faveur d'un couple qui refusait de se conformer aux rôles traditionnels grecs découlant du mariage". C'est hyper intéressant ! Bien loin des explications que j'ai entendues jusque là sur ce mythe, et également très enrichissant quant aux informations données sur l'image de la femme et de sa nature, dans la société grecque.

C'est super que tu abordes ce sujet ce soir, j'étais justement en train de terminer une seconde lecture d'un ouvrage consacré à l'éducation des filles au XIXe siècle, qui est un référencement incroyable de toutes les manifestations du réductionnisme sexuel présent dans la construction des jeunes filles de l'élite, et qui a conditionné bien des mentalités, au-delà de ce groupe social. Je suis en train de sélectionner quelques passages à partager sur le forum.

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J'aime particulièrement les passages que tu as cités

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Merci pour cet aperçu. J'aurais sans doute appartenu à la coterie de losers percés d'un coup de lance, à son époque :orange_heart:

(L'absence des pages 28 et 29 est-elle intentionnelle ?)

C'est un oubli, j'ajouterai la page manquante tantôt