Comment saboter le progrès social et sociétal quand on est de gauche ? (La méthode de l'amalgame hostile)

Vous avez remarqué à quel point la gauche a le don de salir tout ce qu'elle touche ?

Et c'est toujours la même méthode qu'elle utilise. Quand une évolution des sociétés est défavorable aux intérêts de la race sociale bourgeoise dont elle émane (qu'elle le veuille ou non), plutôt que de s'opposer franchement et frontalement à cette évolution (un boulot de loser qu'elle laisse à ses frères conservateurs), la gauche l'embrasse sans réserves avec un enthousiasme qui devrait nous être suspect, pour mieux y injecter différents poisons qui sont sa marque de fabrique.

Dans ce fil je vous propose de faire une liste des avancées que la gauche a réussi ou a voulu pourrir. J'ai trouvé ces cinq ou six exemples, mais je suis certain qu'on pourrait compléter leurs résumés et en trouver des dizaines d'autres.


  • Des esprits libertaires veulent se défaire du carcan de la famille bourgeoise de leur époque, pour se distancier du modèle chrétien qu'elle ne faisait que reproduire en modèle réduit : accumulation de honte et de non-dits à des degrés pathologiques, domination masculine arbitraire, injonction à la reproduction, normativité monogame, normativité hétérosexuelle... Des saboteurs s'emparent du thème, y injectent un égalitarisme délirant, et proposent avec aplomb d'abolir la différence symbolique et conceptuelle entre adulte et enfant, entre maître et élève ; bon nombre d'hommes de gauche se mettent à publiquement se vanter de leur sexualité pédophile et à la promouvoir comme un modèle) ;

  • Des gens épris de justice exigent une égalité politique entre les citoyens, puis une redistribution de richesses par l'impôt qui permette de donner une consistance à cette égalité en droit. Des saboteurs y injectent de l'égalitarisme, cela débouche sur une doctrine para-chrétienne servant à légitimer tous les abus de pouvoir de régimes totalitaires : le communisme ;

  • Des femmes s'élèvent pour défendre leurs droits propres et la dignité de leur condition, dans un long développement historique qui finira par s'appeler le féminisme. Alors ici, c'est un cas très particulier, presque un contre-exemple, puisque les courants dominants de la gauche (les partis communistes) s'y sont opposé pendant longtemps et ne voulaient pas en entendre parler. C'est la nouvelle gauche qui a fini par comprendre que le féminisme ne s'en irait pas. Elle a d'abord entrepris de l'attaquer en l'amalgamant avec l'antiracisme. Stratégie très pernicieuse et qui a remporté un succès certain : en faisant mine de regrouper les deux sous la bannière commune de l'égalité, on promouvait en fait un mouvement fondamentalement opposé, un truc foncièrement viriliste dans son ADN, qui a d'ailleurs pris son essor français en 1971 en défense d'un dénommé Ben Ali Djellali, un algérien abattu par un gardien d'immeuble alors qu'il était en train d'étrangler une femme dans un hall d'immeuble. Plus tard, la gauche théorisera la convergence des luttes, puis l'intersectionnalité pour tenter de neutraliser les féministes, ces foutues empêcheuses d'étrangler en rond. Ces temps-ci, à l'avant-garde, on trouve aussi des amalgames comme le « féminisme socialiste » (chez les Democratic Socialists of America), ou l' « écoféminisme » (chez Europe-Écologie-Les Verts) ;

  • Des représentants de différentes "minorités sexuelles" (un terme d'ailleurs assez suspect qui mériterait d'être à l'occasion d'être déconstruit ; je pense ici surtout aux homosexuels et bisexuels) expriment des revendications légitimes : ne plus être diabolisés ni pénalisés dans la loi pour leurs pratiques privées consenties, ne plus être invisibilisés même quand ils remportent des médailles ou gagnent des guerres, ne plus être des cibles de violence tolérées et passées sous silence... Dans les années 1980 et 1990, des associations nettement marquées à gauche amalgament ces personnes aux porteurs du VIH et aux malades du SIDA — des figures franchement effrayantes à une époque où les traitements étaient quasi-inexistants ; on avait fondamentalement affaire à des gens mourants. Leurs luttes sont ensuite récupérées et sabotées par une injection massive de constructivisme gauchiste, qui débouche sur la négation de la féminité chromosomique/génétique/utérine/génitale. On accole un 'T' au 'LGB'. La notion d'expression de genre est validée, qui consacre le primat de la chirurgie esthétique et de la féminité hormonale sur des visions plus entières des individus. Ce faisant la gauche accompagne le retour en force des stéréotypes de genre adorés de leurs frères chrétiens conservateurs ;

  • Des amoureux de la ruralité souhaitent défendre l'équilibre des écosystèmes. Leurs revendications sont amalgamées dans un environnementalisme mortifiant et christoïde. Refus régressif de l'énergie nucléaire, décroissantisme anticapitaliste, « écosocialisme » (Democratic Socialists of America) ;

  • De grands occidentaux, idéalistes et généreux, développent une vision universaliste des droits fondamentaux des personnes. La gauche en a fait un instrument de son anti-impérialisme hémiplégique et anti-occidental, et sa défense acharnée des droits des criminels de guerre pro-palestiniens depuis cinquante ans constitue un exemple frappant.

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Ces rétrospectives sont de très bons exemples des stratégies de plombage d'accaparement : couler des causes pour les rendre inaccessibles à ceux qui auraient réellement pu les développer. La fameuse gauche libertaire dénoncée par la gauche réactionnaire a au début bien plus été consisté à miner l'accès de certains sujets pour les aliéner de la droite qu'à ne tirer un quelconque avantage de ces causes.

Le plus ignoble, c'est qu'assez souvent, quand la bourgeoisie gauche a bien plombé politiquement une cause, en lui amputant toute la portée qu'elle aurait pu avoir dans l'opinion publique, notamment par la stratégie d'ésotérisation d'accaparement, elle la relâche, et ce sont les charognards de la bourgeoisie conservatrice qui se saisissent de ses restes et les rendent inutilisables par une manœuvre de diabolisation d'accaparement visant à aliéner les dernières personnes qui auraient pu apprécier le progrès social en question.

Cette chaîne de sabotage en deux étapes a plombé un bon nombre de causes progressistes formidables qu'il sera difficile à récupérer.

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Excellent post ! Au sujet du féminisme, on peut aussi citer comme autre exemple la manière avec laquelle la moindre bouffonerie provoc cradingue à base de sang menstruel ou de poils pubiens est amplement relayée à gauche (et chez les conservateurs, of course) qui veut absolument présenter le féminisme comme un délire déconstructionniste, tandis que les travaux féministe autrement plus sérieux, constructifs, importants et solides restent dans des sphères confidentielles, sur des sujets comme les violences obstétricales et la maternité. Sur ces derniers sujets que j'ai cités, et que je suis de près depuis une bonne dizaine d'années, les choses avancent considérablement depuis peu, après une longue période de stagnation. Ce n'est pas grâce à la gauche mais plutôt malgré elle. Des féministes s'organisent entre elles pour prendre la parole sur ces sujets, et je crois aussi que dans pas mal de rédacs généralistes il y a de plus en plus de journalistes franchement féministes.

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