Education et consentement

Dans l'esprit des gens, la notion de consentement évoque principalement, pour ne pas dire uniquement : la question du corps et du sexe. Et cela est déjà très bien, car cette notion importante est désormais ancrée chez nous, peuples occidentaux. C'est une base solide, obtenue après un très long combat féministe.

Cependant, à l'aune d'une vision moderne de l'éducation (ou accompagnement) des enfants, cette notion du consentement plus complexe qu'il n'y parait, concerne aussi bien les hommes que les femmes en devenir, dans un sens (vers l'enfant) comme dans l'autre (vers autrui).
Elle n'est pas complétement comprise, ni mise en pratique, tant elle touche tout ou partie de la vie quotidienne d'un enfant, encore aujourd'hui.

Et c'est pourtant fondamental, que de développer, et rendre innée cette culture du consentement qui nous est chère, à nos enfants, qui seront les modèles en la matière de demain.

En tant que parents, l'une de vos plus grandes responsabilités est de protéger votre enfant, quand il est sous votre surveillance, mais aussi sous la surveillance d'autrui (baby-sitters, assistantes maternelles, enseignants, et famille)

Premièrement, vous devez vous assurer que la ou les personnes qui seront responsables de sa sécurité et de son bien-être s'engagent à le protéger.

Deuxièmement, vous devez apprendre à votre jeune enfant ce qu'il peut dire pour se défendre. Par exemple :
-"Je n'aime pas quand tu fais ça. Arrête."
-"Je ne peux pas te suivre, je ne te connais pas."
-"Arrête de me lancer du sable."

Une fois que vous avez décidé quelles phrases de défense enseigner à votre enfant, entraînez vous avec lui en jouant à faire semblant. Dites : "Faisons semblant de jouer. Si je te lance du sable, qu'est ce que tu dis ?" Vous pouvez pousser et encourager votre enfant jusqu'à ce qu'il dise ce que vous lui avez appris à dire. Puis félicitez-le pour son effort et essayez un autre scénario.

Pour mieux comprendre si votre enfant est harcelé en votre absence, rendez-vous sur le site www.nonauharcelement.education.gouv.fr

Voici certains des signes révélateurs d'un problème de harcèlement :
-des blessures inexplicables;
-des vêtements, des livres, des appareils, ou des bijoux perdus ou abîmés;
-des maux de tête ou des maux de ventre fréquents, des nausées, ou des fausses maladies;
-des changements d'habitudes alimentaires; par exemple, s'il se met soudain à sauter des repas ou à
dévorer (et à rentrer de l'école affamé parce qu'il n'a pas déjeuné);
-sommeil difficile ou cauchemars fréquents;
-baisse des résultats, perte d'intérêt pour le travail scolaire ou refus d'aller à l'école;
-soudaine perte d'amis ou refus de se sociabiliser;
-sentiments d'impuissance ou baisse de l'estime de soi;
-comportements autodestructeurs - fugue, automutilation ou propos suicidaires;
-signe d'agressivité envers les animaux ou les personnes - coups ou morsures.

Troisièmement, qui pourrait d'ailleurs être un premièrement, il s'agit de respecter vous même le consentement de votre enfant, dès le plus jeune âge, pour faire grandir son estime de soi, et le lien de confiance entre vous (coucou la "crise d'ado"). Il existe une multitude de comportements banalisés par nos anciens, qui sont irrespectueux vis à vis de l'enfant, et qui brise cette fameuse confiance.
Avec mon épouse, nous avons réfléchis énormément à l'éducation que l'on souhaitait prodiguer à notre premier fils, avant son arrivée, au travers de lectures récentes, de conférences, dont le thème principal est la bienveillance. C'est d'ailleurs le seul modèle éducatif qui parle de notion de consentement, qui l'applique, et qui explique les conséquences scientifiques, dans le développement de l'enfant et de son cerveau.
Chaque fois que vous reproduisez un vieux schéma, il y'a un effet néfaste. Evidemment, il faut de la nuance, mais globalement, si le monde actuel est si remplis de violence et de personnes déséquilibrées, et dangereuses, l'éducation dite "à l'ancienne" est lourdement responsable.

Pour apprendre à son enfant que son corps lui appartient, qu'il a des sentiments, et que nous devons respecter ses désirs, il n'y a rien à expliquer, il faut montrer :
-lorsqu'un enfant n'est encore qu'un bébé, en ne lui changeant pas sa couche en publique à la vue de
tous;
-en ne touchant pas son sexe sans l'avoir prévenu, même si c'est un bébé, ou demandé;
-en ne débarbouillant pas son enfant sans le prévenir;
-fesser, gifler;
-tenir les joues;
-mordre, pincer (même pour répondre);
-laisser pleurer son enfant seul;
-forcer à manger;
-priver de dessert;
-empêcher d'aller aux toilettes;
-empêcher de boire/ de manger;
-prodiguer des soins sans prévenir, par derrière;
-conditionner l'enfant à la continence;
-allaitement et/ou repas de l'enfant sans prendre en compte sa faim mais en fonction de notre horaire
décidé à priori;
-lui faire un bisou sans son accord;
-Etc.
En fait le consentement est très lié à ce que l'on appelle les VEO, terme qui fait jaser tout les réacs de France, qui signifie "violences éducatives ordinaires"

En conclusion, il faut garder à l'esprit que la culture du consentement grandira, et sera indestructible, seulement si nous voyons naitre des adultes façonnés dedans, qui deviendront confiants, épanouis, et respectueux de leurs entourages, de leurs partenaires.

L'éducation chrétienne mortifère et délétère a disparue, mais ses relents subsistent encore beaucoup trop par mimétisme et traumatismes vécus par les parents.

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Merci pour ces réflexions, c'est super intéressant et ça met des mots sur des choses auxquelles je réfléchis depuis un moment. J'ai vu pas mal de railleries réacs autour de la notion de VEO, et comme d'habitude, ils montent en épingle des cas extrêmes de parents paumés qui appliquent certains principe trop à la lettre. Mais globalement, c'est un signe de progrès mental que de réfléchir à comment ne pas conditionner nos enfants à la violence (ni à la perpétrer, ni à l'accepter).

Une chose qui me frappe en lisant pas mal de témoignages récents autour des violences sexuelles, c'est que dans la plupart des cas, en amont, il y a eu toute une éducation qui a empêché la victime de mettre des barrières, d'oser dire non face à une situation qui la mettait profondément mal à l'aise. En gros, la personne était conditionnée depuis le plus jeune âge à ne pas considérer ses impressions, jugements, intutions, comme légitimes. C'est quand même fou qu'en français on dise "tu t'écoutes trop" comme un reproche. Je me demande toujours qui il faut écouter, si on ne s'écoute pas soi ? Le monsieur qui distribue des bonbons ? Le patron qui nous rabaisse plus bas que terre ? Monsieur Matzneff ?

Au fond, quand on rejette les VEO, on apprend à son enfant à se connaître et à se respecter.

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Et vous avez raison d'insister sur le fait que la notion de consentement ne se limite absolument pas au corps ni au sexe.

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C'est très juste, la peur du changement fait dire beaucoup de bêtises, on prend un exemple de parent déséquilibré qui met son enfant en danger, et ensuite les gens confondent laxisme avec bienveillance, qui au contraire demande énormément d'énergie et d'attention.

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Oui. Laisser son enfant boire du coca au petit dej, ne fixer aucun rituel de coucher, ne poser aucun cadre, ce n'est pas de la bienveillance, mais du laxisme et de la paresse. Et en général, ça vient de personnes qui ne s'intéressent pas vraiment à l'éducation de leur enfant, qui pensent qu'en le laissant devant un écran et en poussant un coup de gueule par ci par là, ça va aller.

Texte très intéressant de Morgan et Audrey de même que la réponse de Solveig, je suis d'accord avec le fait que les parents qui usent d'un excès d'autoritarisme humiliant voir de violence quand ce n'est pas les deux, n'enseignent jamais à leurs enfants le respect de soi, ils enseignent au contraire une soumission, un respect de l'ordre sans remise en cause possible qui invite à ne pas se défendre. Comme c'est brièvement évoqué à la fin du billet, des éléments peuvent persister par traumatisme ou mimétisme, à titre personnel, j'ai déjà sérieusement songé, et même dit : "ma sœur serait peut-être moins chiante si elle avait été frappée comme moi" alors même que ma mère arrêtée toutes forme de châtiment corporel en réalisant leurs inutilités. Remette ces choses en cause ne sont pas facile, car il faut accepter de voire ses parents comme coupable de violence, quand il est beaucoup plus simple de considérer "une part raisonnable de violence" légitime.

Je me demande et j'aimerais avoir votre point de vue, si la volonté de réprimer l'enfant avec une disproportion totale en terme de violence ou d'humiliation, n'est pas liée à un rêve de "l'enfant parfait" qui invitent les parents à s'imaginer, des corrections sévères légitimes, car au fond, un enfant qui n'écoutait pas, est gentiment dissipé, serait en fait "défaillant" et pourrait être dressé pour correspondre davantage au désir de l'enfant angélique souhaité par les parents. Les conservateurs adorateurs d'une éducation sévères accusent les progressistes d'avoir "un désire égoïste d'enfant" quand une femme seul veut un bébé. Mais au fond le fait de ne jamais accepter l'enfant tel qu'il est et de souhaité par la correction modifier son comportement, n'est il pas également de l'ordre de l'égoïsme ? Je ne parle pas ici de punition ponctuel pour une bêtise ponctuel, mais bien de nature de l'enfant. On pense au sadisme des parents comme un état de nature, mais jamais à une non-acceptation d'un enfant qui les amènent à être plus sévères avec lui qu'avec un autre de la fratrie.

J'ai en mémoire le Dr Céline Gréco spécialiste des maltraitances infantiles, elle-même enfant battu par son père, qui avait décrété qu'elle devrait être grande pianiste, qu'il n'avait pu être, était prêt à la martyriser gravement a la moindre fasse note le soir durant les heures de musiques quotidiennes.

Je trouve aussi qu'on n'évoque jamais les violences psychologiques sur les enfants de manière intra familiale. Comme si le propos dégradant ne pouvait être vraiment compris par un enfant, donc n'ont pas d'importance. Alors que le respect de la personne ne se limite pas à ne pas battre ou forcé un humain à faire quelque chose.

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Bienvenue, Morgan, et Audrey ! Merci d'avoir ouvert ce sujet. Quelque chose me dit qu'il est promis à une longévité certaine.

Je n'ai jamais beaucoup réfléchi à la notion de consentement, ni lu quoi que ce soit qui s'y rattache directement, mais il y a un point de votre message avec lequel je me trouve en parfait accord : c'est l'idée d'enseigner des phrases qui expriment le refus à son enfant, et de l'entraîner à ce qu'il les prononce. Travailler sur le langage comme on travaillerait sur n'importe quel autre comportement, s'entraîner à le manier comme on s'entraîne à porter un coup ou à manipuler une arme, afin d'être à même de s'en servir quand survient en situation contrainte et stressante, ça me semble une très bonne idée. Et une idée qui serait validée par la psychologie comportementale, qui s'est révélée très efficace ces dernières décennies.

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Merci pour ton retour Claire. Pour répondre le plus simplement possible, je te dirai que les parents sévères, voir violents, commettent la faute de nier l'individualité de leur enfant. Tout commence par là, il peut très vite devenir la chose de ses parents, à leur service, ce n'est plus de l'éducation, mais du dressage.

Pour comprendre les causes, il y a au départ une souffrance liée au vécu du/des parents, qui n'a pas été traitée, qui est refoulée. Elle se traduira soit par un amour puissant incontrôlé donnant lieu a des exactions et une sévérité poussée, soit peut donner lieu à la propre projection du parent au travers de l'enfant, sensé "rectifier" le vécu du parent, et devenir ce que ce dernier aurait aimé être (comme le célèbre exemple du père de Michael Jackson).

Pour les parents "normaux" avec des gros guillemets, qui pratiquent l'éducation classique combinant la bienveillance, et les gestes humiliants (VEO) sans s'en rendre compte (la déchristianisation c'est long), ce sont tout simplement des parents parfois dépassés, pas soutenus ou mal conseillés, mal entourés, et très pris par la vie active. Leur patience est donc très limitée.
Lorsque l'amour est plus présent que tout le reste, cela tiendra la route quand même et les enfants seront heureux. Néanmoins il subsistera des troubles du comportement comme le classique manque de confiance en soi, peur du regard des autres, etc.

Comme dit l'adage, il est difficile de donner ce que l'on a pas. Aimer cela s'apprend, et il s'agit bien d'amour !

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Bonjour Lucas, merci pour ce message !

Oui ce sujet déchaine les passions tant il est riche et important !
Comme je le disais plus haut à Claire, l'important est de ne pas nier l'individualité de l'enfant, en tout cas le moins possible, car aucun parent n'est parfait.
C'est tout bête, mais est-ce que vous forcez vôtre ami ou conjoint à manger quelque chose ? Ou bien est ce que vous vous forcez à manger à 19h, si vous n'avez pas faim ? Je pense connaitre la réponse !
Quand l'enfant a une grande confiance en lui, qu'il est armé, et que vous êtes son refuge, non seulement il vous dira tout, mais il saura s'imposer à l'école ou ailleurs (avec des nuances bien sur, chaque enfant à son propre caractère aussi).

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