Islam ou Islamisme ?

Posons d'emblée quelques définitions, afin de clarifier le propos :

  • "islamisme" : idéologie politico-religieuse fondée par Mahomet, rapidement divisée en plusieurs courants antagonistes : sunnisme, chiisme...

  • "islam" : translittération du mot arabe الإسلام, islām (=soumission aux ordres de Dieu), par lequel les adeptes désignent eux-mêmes leur doctrine.

  • "islamiste" : adepte de l'islamisme (désignation externe*)

  • "musulman" : terme par lequel les adeptes de l'islamisme se désignent eux-mêmes (désignation interne*).

  • "anti-islamisme" : ensemble des attitudes d'opposition ou d'hostilité envers les aspects théoriques ou pratiques de l'islamisme.

  • "islamophobie" : terme par lequel les adeptes de l'islamisme ou leurs alliés désignent l'anti-islamisme.
    L'utilisation du suffixe "phobie" vise clairement à discréditer d'emblée l'anti-islamisme en l'assimilant à un problème mental.
    Pour autant, l'anti-nazisme n'est pas une "nazophobie", l'anti-communisme n'est pas une "cocophobie", l'anti-christianisme n'est pas une "christophobie", l'anti-islamisme n'est pas une "islamophobie" : s'opposer à des idéologies de merde n'est pas une "phobie", c'est un devoir de résistance.

(*) Désignation interne / désignation externe :
"Bons hommes" ou "amis de Dieu" (désignation interne) / "Cathares" (désignation externe)
"National-socialistes" (désignation interne) / "Nazis" (désignation externe)
"Musulmans" (désignation interne) / "Islamistes" (désignation externe)

Alors... "islam" ou "islamisme" ?

Dans toute idéologie politico-religieuse, il y a des courants plus "politiques" et d'autres courants plus "religieux", mais cela reste souvent mélangé.
Ainsi dans l'islamisme, les soufis sont surtout connus pour leur dimension mystique, mais à travers leurs confrèries ils ont aussi une réelle dimension socio-politique.

Ce qui est vraiment extraordinaire avec l'idéologie fondée par Mahomet (dans d'autres langues les adeptes disent Mohammed, Muhammad, Mahmoud, Mehmet, Mahoma ou Mamadou) c'est que les courants plus politiques et les courants plus religieux devraient porter des noms différents.

Songez à ceci : pour aucune autre religion on ne fait cette distinction.
Le christianisme politique, c'est toujours du christianisme.
Le bouddhisme politique, c'est toujours du bouddhisme.
Le judaïsme politique, c'est toujours du judaïsme.
On n'a pas inventé des noms différents pour l'un et pour l'autre !

Mais le gentil mahométisme "religieux" il faudrait l'appeler "islam" tandis que le méchant mahométisme "politique" il faudrait l'appeler "islamisme"
Les adeptes politiques, il faudrait les appeler "islamistes", et les adeptes religieux, il faudrait les appeler "musulmans".

Pourtant l'organisation islamiste bien connue jamiat al-Ikhwan al-muslimin est appelée "Société des Frères musulmans" et non pas "Société des Frères islamistes" !

Bref, quand on regarde de près la réalité de cette idéologie, cette distinction ne tient pas.

Il faudra bien un jour en finir avec cet hypocrisie consistant à définir l' "islamisme" comme un étant un "mauvais islam" (une "politisation de l'islam") ou l' "islam" comme un étant un "bon islamisme" (un "réconfort du fidèle").

Pour sortir de cet égarement et de cette confusion, c'est très simple : il suffit de laisser aux adeptes de cette doctrine l'utilisation des mots "islam" et "musulmans"

A la base, ce sont leurs mots à eux.

Libre à eux de les utiliser, bien entendu.
Mais pour rompre avec une idéologie, il faut commencer par arrêter d'utiliser la langue de cette idéologie.

C'est pourquoi personnellement je considère qu'il faut résolument arrêter d'utiliser les mots "islam" ou "musulman".

Dans la liste suivante, saurez-vous retrouver l'intrus ?

Judaisme
Christianisme
Protestantisme
Catholicisme
Gallicanisme
Anglicanisme
Islam
Karidjisme
Sunnisme
Chiisme
Soufisme
Bahaïsme
Hindouisme
Bouddhisme
Zoroastrisme
Chamanisme
Shintoïsme
Caodaïsme
Mazdéisme
Védisme
Brahmanisme
Confucianisme
Jaïnisme
Taoïsme
Hindouisme
Sikhisme
Tantrisme
Manichéisme
Animisme
Fétichisme
Naturalisme
Polythéisme
Monothéisme

Dans cette liste des principales religions et courants religieux, par quel miracle la seule qui ne se termine pas en "ISME" est-elle la religion fondée par Mahomet : l'ISLAM, comme ses adeptes la nomment ?

En réalité, on s'en doute bien, il ne s'agit pas d'un miracle.

En langue française, cette religion - comme toutes les autres - possède bien le suffisme "ISME" et elle se nomme : ISLAMISME.

Ce mot est attesté depuis le 18ème siècle.
C'est celui que Voltaire utilisait.
Ou bien encore Ernest Renan ("Mahomet et les origines de l’islamisme" - Revue des Deux Mondes, tome 12, 1851)

La nommer ISLAM, comme c'est trop souvent le cas, est donc un abus de langage. Ou plutôt un abus fait à la langue française : le terme "islam" n'est en effet que la translittération d'un mot arabe : الإسلام, islām (=soumission aux ordres de Dieu)

De fait, "islam" est le nom que les adeptes donnent eux-mêmes à leur idéologie religieuse, l'islamisme.

D'où vient que ce terme "islam" semble avoir aujourd'hui supplanté dans le langage courant le mot français "islamisme" ?

Nous devons cette curiosité aux orientalistes occidentaux qui, au début du 20ème siècle, étudiaient cette religion.

Dans tous leurs ouvrages savants, par une forme de snobisme teinté d'exotisme, ils se sont mis à faire la promotion exclusive du terme que les adeptes de cette religion utilisaient eux-mêmes : الإسلام, islām.

Et c'est ainsi que le mot "islamisme", qui avait succédé au vieux mot "mahométisme", a disparu des encyclopédies au cours des années 30.

Le mot est curieusement réapparu à la fin des années 70 avec un tout nouveau sens, d'ailleurs très controversé, de "manipulation de la religion islamique en vue d'un projet politique".

Dans cette nouvelle acception, l' "islamisme" ne serait plus la religion de Mahomet, mais serait "un courant de pensée musulman, essentiellement politique, apparu au xxe siècle". Seul problème : aucun individu, aucun groupe ne se qualifie lui-même d' "islamiste".

Alors pour vous, l'idéologie politico-religieuse fondée par Mahomet : "islam" ou "islamisme" ?

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J'imagine que les opposants diront que l'islam est la "soumission à dieu", que c'est déjà une discipline religieuse, contrairement au judaïsme "religion des juifs", ou au christianisme "religion du christ". Sauf que... l'islam, est un commandement religieux, on entre en effet déjà dans leur paradigme. Parler d'islam, c'est renvoyer à un devoir de la religion islamique, c'est un peu comme parler d'eucharistie. Ou de djihad. Normalement, c'est quelque-chose qu'on ne doit pas utiliser extérieurement pour les désigner, puisque c'est déjà reconnaître l'existence de "dieu", puisqu'on parle d'une soumission à lui comme s'il était une réalité consensuelle. L'islam porte sans doute ce nom parce qu'il est une mise à jour du christianisme : on part du présupposé que tout le monde adore déjà Yahvé.

"Religion musulmane" sonne effectivement bizarrement, puisque musulman veut dire "celui qui se soumet". Religion qui se soumet ? Religion de ceux qui se soumettent ? Religion islamique est mieux. Religion de la soumission à "dieu", c'est possible, puisqu'on marque la distance en disant "religion de". Ce que fait le suffixe -isme.

Le musulman est "celui qui se soumet", et l'islamiste celui qui a une pratique active de la religion islamique, à utiliser comme ceci et non pour blâmer un intégrisme. On voit donc que musulman a déjà le sens que beaucoup de gens visent quand ils utilisent le terme dhimmi. Le musulman c'est le soumis à l'islamisme, et le dhimmi est un collaborateur actif car la dhimma c'est le pacte, le pacte de protection des judéo-chrétiens qui paient un impôt pour être protégés par un pouvoir islamique. Donc dans une société qui n'est pas dirigée par des islamistes, on peut dire que le dhimmi est un pactisant, un collaborateur, et pas juste un soumis, puisqu'il paie (au sens figuré) un impôt ou collabore sans même que sa survie directe ne soit en jeu, en terre musulmane.

Malheureusement il y a un problème : juif, chrétien, islamiste, ça fait tâche. Juif, chrétien, musulman, semble moins étrange. D'autre part on dit protestant sans dire protestantiste. Mais l'utilisation de musulman au sens large "musulman par défaut", est intéressante. L'utilisation d'islamiste comme toute personne pratiquant activement sa religion, et pas juste un grand méchant machiavélique conspirant dans l'ombre, est aussi cruciale. Toute manifestation publique de la pratique religieuse, est islamisant et donc islamiste. Islamiste n'est pas un gros mot, effectivement on doit l'utiliser pour l'islamiste modéré, et même pour l'islamiste religieux qui éviterait directement le politique.

Cependant, personne ne se désigne a priori comme christianiste ou judaïste, protestantiste ou catholiciste... il est normal que les musulmans rechignent à se désigner comme "islamistes". D'ailleurs, certains se désignent comme salafistes, et il y a toujours un chrétien de service pour faire part de son admiration. C'est plutôt la nature particulièrement expansive et agressive de leur religion, à une époque aussi avancée que la nôtre, qui fait qu'ils ont un nom de fidèle en -iste. Eux-mêmes y voient une persécution, même si ce n'est pas vraiment un argument puisqu'ils en voient de partout :grin:

L'utilisation d'islamisme au sens de religion doit bien sûr être favorisée. Mais il y a un autre problème : critiquer l'islamisme, c'est faire aujourd'hui une critique de la frange ultra-musulmane de leur oumma, et donc faire une déclaration plus faible. Quand une personne attaque l'islamisme, elle est consensuelle, et il y a de quoi protester contre sa lâcheté. On veut qu'un politicien dénonce l'islam et la religion chrétienne, pas l'islamisme et le christianisme intégriste.

Tout ça a également l'air d'être un espoir œcuméniste christo-maçonnique porté sur cette religion très spéciale, vivace et répandue, comme une souche de pandémie psychiatrique qui pourrait "régénérer" l'Occident. Ou plutôt, régénérer le christianisme moribond.

Il ne faut pas oublier qu'en-dehors du monde imaginaire que les chrétiens intégristes se sont construits et qui avait largement fuité sur youtube entre 2005 et 2015, dans lequel ils voient les francs-maçons comme des ennemis de leur front de la foi islamo-chrétien, il y a énormément de francs-maçons chrétiens et depuis le XIXe siècle il y a eu des francs-maçons musulmans dans l'empire ottoman etc. Si je ne me trompe pas, que les francs-maçons de 33 degrés du forum m'arrêtent à la sortie si je me trompe (:crazy_face:), les trois monothéismes sont considérés par la franc-maçonnerie comme « trois lumières » :face_vomiting:

La plupart des francs-maçons ont malheureusement l'air d'être des néo-conservateurs drapés dans la laïcité de statu quo et dans la nécessité de transmettre l'humanisme peu importe son vecteur, quitte à ce que ce soit une religion terroriste encore en activité, ou un cadavre qu'ils maquillent et parfument pour donner l'air de la vie.

Je te remercie pour cette réflexion lexicale très intéressante :+1:t2: je pense utiliser davantage islamiste pour désigner des pauvres petits bouts de choux modérés, et musulman pour désigner des gens soumis à l'islam sans forcément y adhérer activement.

Ce qui est sûr c'est que je tiens à prononcer Z le s d'islam, parce que ce fétichisme très moderne des années 2010 de prononcer islam avec un son S, c'est irritant comme la nouvelle mode de dire Muhammad ou je ne sais quoi pour se la jouer savant. Il y a une injonction à la précision phonétique arabe et à s'adapter aux dernières modes islamistes que je trouve fatiguante. Et ce sont toujours des blancs qui rabattent le plus les oreilles avec leurs nouveaux délires d'islamo-fascinés.

Il est impressionnant de voir le nombre de christo-bourges que la soumission à Allah a fascinés, par rapport au peu de convertis assumés. Un fasciné est musulman jusqu'à preuve du contraire. La neutralité n'existe pas en "islam". Et naître de père musulman rend musulman sauf cas d'apostasie publique, ce qui place du coup les proches de la personne dans le devoir islamique de la mettre à mort.

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Lire celà est toujours un grand moment. Bravo :blush:

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Ah oui j'ai particulièrement aimé tout ce passage :grin:

Et puis on ne précise pas que quelqu'un est réticent à manger de la fiente en le traitant de fientophobe / coprophobe :rofl: c'est normal de rejeter la religion islamique et tous les autres tas de fiente.

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C'est tout à fait ce que je qualifiais de "snobisme teinté d'exotisme".
Irritante en effet cette propension des orientalistes du début XXème à dire "islam" à la place de "islamisme" comme il était d'usage depuis le XVIIIème.
Mais faute d'assez de gens pour manifester leur irritation, c'est bel et bien passé dans le langage courant. Une bataille perdue, donc....

L'élement clef de tout ceci, il me semble, c'est que pour rompre avec une idéologie, il faut déjà commencer par ne plus utiliser la langue de cette idéologie, assumer clairement ce choix, et proposer un lexique et des définitions alternatives.

Simplement on pourrait dire "leur islam", leur soumission pas la mienne.
Sur le plan religieux je préfère nettement les izlandais :slightly_smiling_face:qui croient à juste titre aux fées et aux elfes.

Il ne faut pas s'empêcher d'utiliser islamisme pour parler de la religion, et dénigrer directement l'islam avec ce mot qui s'est imposé.

Utiliser un mot-belier peut être intéressant : "les religions terroristes" pour parler spécifiquement des religions qui se sont répandues par la terreur et les massacres, c'est aussi une bonne façon de débloquer la situation lexicalement. Ainsi, l'islam devient une religion terroriste par essence, comme le christianisme, puisque toutes deux se sont imposées par la soumission ou la mort. Mais "l'islam", tout particulièrement, assume totalement cette dimension, avec l'histoire de la vie "parfaite" du djihadiste Mahomet ainsi que le fait que la guerre sainte soit un pilier totalement assumé par tous de "l'islam", avec une dénomination pour différencier le monde pacifié soumis à Allah (Dar al-Islam), le monde des mécréants à poignarder "partout où ils se trouvent" (Dar al-Kufr) ainsi que le monde des royaumes payant un tribut (Dar al-'Ahd).

"L'islam, comme le christianisme, est une religion terroriste."

Pas sûr que ça plaise aux orientalistes, ce nouvel épithète de leur islam chéri :grin:

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Ah ben voilà, Islande a toujours été prononcé "isslande" ou "izlande" comme on dit "rose" ou "rhaûzffft" selon les accents, sans que ce ne soit un drame qui exige mise à jour générale et soumission de tous à cette nouvelle règle obligatoire. Personne ne reprend quelqu'un qui dit izraël. Personne ne se plaint qu'on dise communizme. Personne ne rigole de quelqu'un qui dit izlande. Mais depuis les années 2010, comme une hallucination collective, toutes les prononciations d'islam sont scrutées.

Apparemment, tous ceux qui prononcent izlam auraient tous halluciné en ayant 100% de leurs professeurs et des présentateurs radio et télé qui disaient izlam. Certains disent que ce serait "l'américanisation" de se mettre à prononcer z.

Sur le forum islamique bladi.info, un arabe a posté en 2008 "Pourquoi disent-ils "izlam" et non "isslam" ?". Il décrit une situation affolante où les présentateurs de la télévision française ne respectent pas la règle grammaticale islamique. La réponse est sans appel : "C'est un complot sioniste." Je pense que c'est à peu près ça, ouais.