L'affaire McKinsey

Est-ce qu'un d'entre vous s'est intéressé à cette histoire de cabinets de conseils, à cette « affaire » McKinsey ? Quelqu'un peut m'expliquer où est le problème ?

Je voulais faire un post un peu détaillé sur cette histoire, mais je suis à moitié en train de péter un plomb en regardant les faits. Il n'y a rien. C'est du flan.

Non seulement c'est du flan, mais les vraies critiques de certains de ces cabinets de conseils (les plus gros), qui pourraient et devraient être faites, sont passées totalement à la trappe. Encore une fois la gauche pourrit tout ce qu'elle touche.

Oui, la gauche, car tout ce barouf est né d'une commission d'enquête initiée par des élus communistes. Le rapport a été rédigé entièrement par une communiste, la sénatrice Eliane Assassi. Tout ce cirque, repris et propagé par la troupe des influenceurs et politiciens national-populistes, est à l'origine un truc de communistes.

Et si vous voulez vous taper les vingt minutes de résumé des conclusions de leur effort devant le Sénat, vous pourrez me dire si cette Eliane Assassi paraît quand même bien dépassée par le monde d'aujourd'hui ou si c'est juste moi qui ait des préjugés...

D'après moi, la clé de compréhension de toute cette agitation est ce qui suit : l'intervention des cabinets de conseils dans l'administration publique française, c'est simplement la traduction en actes de la promesse faite en 2016 par le candidat Macron de moderniser l’État. La très grande majorité des achats de prestation auprès de ces cabinets, c'est de l'aide sur des projets informatiques. Et vous imaginez bien qu'améliorer le système d'information d'un État-nation, c'est un poil plus complexe et plus exigeant que de mettre à jour le site web de la PME du coin qui tourne sous Wordpress.

Le rapport d'enquête d'Eliane Assassi me donne l'impression de très malhonnêtement tenter de dissimuler ce fait très simple. Regardez le graphique p.45, lisez l'explication au bas de la p.43, et dites-moi si je suis parano. L'ensemble des prestations de conseil sont divisées en deux catégories : l'une comprenant essentiellement de l'informatique, l'autre qui comprend aussi de l'informatique, mais qui est séparée de la première, parce qu'il s'agit d'informatique à « forte dimension stratégique ». Et ouais. Parce qu'il y a des trucs qui touchent au système d'information d'une puissance nucléaire mais qui n'ont pas grand chose de stratégique, m'voyez ?

Comment c'est possible ? Ce tour de passe-passe est facile à dévoiler. N'importe quel projet de modernisation peut se scinder en des lots stratégiques (sa conception, donc les règles de fonctionnement du nouveau logiciel, donc la définition du fonctionnement même de l’État) d'une part, d'autre part des lots plus chiants (acheter des serveurs, faire des sauvegardes, maquetter les interfaces graphiques, développer toute la partie front-end, traquer les bugs, former les agents publics, mettre en place du monitoring pour ne pas que le truc tombe en carafe et reste en rade pendant des plombes...)

Je crois vraiment que ça ne va pas plus loin que ça. On est face à des bœufs en pleine panique morale parce qu'une poignée de professionnels qualifiés sont venu conduire des projets informatiques et logistiques assez pointus.

Non pas qu'il n'y ait pas davantage de choses à observer dans ce nothingburger (ne serait-ce que le vocabulaire semi-délirant de cette rapporteure, mdr : « un phénomène tentaculaire », « une dérive inquiétante », « une explosion des prestations de conseil »...). Mais je finis par me dire qu'il ne sert à rien de déconstruire davantage cette polémique d'asile. Des communistes ont pris en grippe McKinsey comme ils prenaient en grippe McDonald's 20 ans plus tôt ; ça a résonné très fort avec le reste de l'asile antilibéral—y compris les fafs, qui devraient pourtant se réjouir que Macron ait modernisé l'OFPRA pour accélérer le refus des demandes d'asile farfelues, y compris les mélenchonistes qui devraient pourtant se féliciter que l'État-providence ait assuré la distribution rapide d'un vaccin pour protéger les plus faibles—et le second tour de la présidentielle est en train de se jouer sur ces dépenses qui sont, en plus, parfaitement dérisoires au regard du budget de l’État. Ça se résume à ça.

Sérieusement ! Vous y voyez autre chose ?

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C'est complètement délirant. Les populistes font de plus en plus sécession avec le monde réel et nagent en plein dans leurs fantasmes. Ne pouvant espérer s'emparer du pouvoir qu'en dénigrant et sapant le système qui fonctionne, ils vont jusqu'à inventer des scandales en série à partir de vent.

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Enfin un avis clair et précis sur tout ce cirque, ça me prenais la tête aussi, merci beaucoup.

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