Les romans d'anticipations sont ils des conditionnements pour empêcher toute émergence de pensée dextriste ? Exemple avec le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley

Les romans d'anticipations sont ils des conditionnements pour empêcher toute émergence de pensée dextriste ? Exemple avec le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.

Dans un monde occidental futuriste ultra conditionné, où la technologie a enlevé le moindre inconfort, où la procréation est gérée par utérus artificiel, où la population a accès à un nombre de plaisirs illimités, où le sexe est complètement libre, où la vieillesse n'existe plus et où un médicament, le Soma, guérit toute dépression, un européen élevé par accident dans une réserve d'amérindiens sans technologie est découvert par des touristes et ramené à Londres avec sa mère.
Ce sauvage, qui ne connais que l'effort, la souffrance et deux livres de shakespeare, Othello et Roméo et Juliette, est traumatisé par la civilisation, qu'il trouve sans âme, demande à partir de Londres et finit par se suicider.

2 choix sont présenté au lecteur : soit le confort et le progrès technologique et la perte de notre esprit critique, notre individualité et in fine notre liberté, soit la souffrance, Dieu, l'art, notre grandeur d'âme et notre humanité.

Hors aucun des exemples présenté dans le livre ne donne pleinement envie : du côté civilisé les femmes sont regardés de travers quand elles ne couchent pas avec assez d'hommes parce qu'on leur dit depuis l'enfance qu'il faut tout partager avec tout le monde, la science et l'art sont sévèrement contrôlés, les humains sont clonés pour gommer le plus les individualités, et chez le Sauvage on prend plaisir à se fouetter en récitant du shakespeare, on se purifie jusqu'à l'absurde parce qu'on a éprouvé du désir pour une femme sans être marié ( et cette femme est fouettée parce qu'elle ose désirer en retour ! ) et on finit par se suicider pour montrer sa supériorité sur son époque jugée décadente.

Le dialogue entre l'Administrateur et le Sauvage est aussi très parlant : Pour l'Administrateur, Dieu est inutile à la civilisation, car la technologie l'a surpassé, mais la science et l'art sont inutiles aussi, car trop de culture amène la discorde et trouble l'ordre social. Le Sauvage, lui réclame le droit d'être malheureux mais d'avoir la foi pour élever son âme.

Ce livre ne propose comme horizon que le communisme ou la charia, et associe le progrès technologique directement à la dictature, comme 1984 de George Orwell. C'est aussi la même idée distillée dans Fahrenheit 451. Un choix cornélien qui ne satisfait aucun prolétaire, mais qui arrange bien les bourgeois.

Tous ces livres nous conditionnent à penser que l'association entre liberté et technologie est impossible. Que ces livres, aujourd'hui, soient encore enseignés comme horizon indépassables au lycée est vraiment problématique. Je pense que c'est en partie à cause de livres comme ceux-ci qu'une pensée dextriste n'a pas vu le jour.

Mon analyse est très certainement incomplète, ma culture livresque n'étant pas très étendue. N'hésitez pas à la compléter, ou même à la contredire si je suis à côté de la plaque.

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Bonjour,

Pour ma part, j'ai lu des tonnes de romans de SF ou d'anticipation.

Si ces lectures ont certainement contribué à me sensibiliser aux dérives possibles d'un mauvais usage social des technos, je n'ai pas du tout le sentiment qu'elles m'aient "conditionné à penser que l'association entre liberté et technologie est impossible".

Les romans que vous citez sont des dystopies, c'est à dire des utopies qui virent au cauchemar. Donc, que dans ces romans, la techno soit l'un des éléments du cauchemar, je dirais que c'est la loi du genre.

Mais les dystopies ne constituent qu'une partie de ce vaste territoire qu'est la littérature de SF/anticipation...

Tu dis "tous ces livres" mais tu n'en as cité qu'un seul. Je l'ai lu y a longtemps et je ne m'en souviens pas très bien mais ce dialogue semblent plutôt montrer deux impasses que les deux seules alternatives possibles. Les dystopies montrent plutôt le danger des utopies qui deviennent des sociétés de contrôle ultraviolentes, contrôle qui passe dans la SF par des moyens technologiques.

Le sous-entendu de la dystopie, c'est souvent de faire croire que l'enfer est à venir, sans jamais évoquer l'enfer qu'on a quitté. La dystopie est un système abominable et totalitaire censé partir de bonnes intentions.

Quand on voit déjà comment l'histoire nous est enseignée, faisant croire que le nazisme et le communisme sont des cauchemars intégralement modernes dont l'athéisme est responsable, et n'ont absolument rien à voir avec les régimes de terreur catholique, alors qu'ils s'appuyaient sur des persécutions où la notion de race/lignée était intimement lié au péché (la lêpre était vue comme une maladie infamante et hériditaire provenant du péché, c'était d'ailleurs une des rumeurs des origines des cagots) ce qui renvoie au nazisme, et un agapisme obligatoire qui renvoie au communisme.

Dans les univers de science-fiction sombre, il y a des réseaux mafieux, des complots, des systèmes qui renvoient juste à la nature humaine et à des cauchemars qui peuvent revenir.

Les dystopies ont ceci de conservateur qu'elles font l'homme de paille d'une idéologie, en prétendant qu'il s'agit d'une utopie. C'est plus fin que l'effondrement par pluie de sauterelle dont on nous abreuvait lors des prêches, jusque là.

Il serait profondément malhonnête de dire que les dystopies ne font pas généralement le jeu des conservateurs, puisqu'ils vont très facilement montrer que le progrès et la droite elle-même sont des délires iréalisables, en montrant les fameuses "dérives" dont les Zemmour nous abreuvent déjà à la télévision.

C'est pour faire face à ces prêches déguisés en science-fiction que les écrivains de science-fiction Isaac Asimov et John W. Campbell ont vraisemblablement inventé les Trois lois de la robotique — Wikipédia

Les conservateurs sont :

  • obsédés par les "dérives" pour s'attaquer au progrès en prétendant que ce sont les dérives qui les effraient, alors qu'ils sont opposés au concept de progrès en lui-même. Exemple : les catholiques anti-PMA anti-GPA qui font le pseudologisme de la fausse préoccupation en prétendant qu'ils se soucient des mères et que sinon ils seraient favorable à tout ça.
  • opposés aux idéologies et à la politique, prétendant que tout ce qu'ils disent, c'est la "Vérité" ou "le bon-sens"
  • énervés que le futur (même proche) fasse désormais plus rêver les gens que leur paradis imaginaire dans l'au-delà.
  • sont énervés que la science-fiction féérique fasse concurrence à leur livre de science-fiction appelée "la bible", alors ils instrumentalisent forcément la science-fiction

Il y a souvent une dimention moralisatrice, derrière les univers dystopiques. Les nouvelles de science-fiction sont aussi porteuse d'un relativisme sinistriste, en nous faisant voir les choses sous un autre angle. Exemple : décrire des extra-terrestres ignobles qu'on extermine, parler de leur aspect dégoûtant, pour ensuite que la chute soit... qu'en fait c'est un alien qui parle, et les exterminés sont des humains.

La science-fiction est hautement politique, et a toujours été un outil politique. C'est juste plus ou moins clair. C'est aussi un enjeu : voyez comment gauchistes et conservateurs se partagent la dépouille de George Orwell. Je ne plaisante pas : en commentaires un atroce centriste a déjà écrit sur un post du parti occidentaliste, que vouloir créer un ministère du droit à la parole publique est... digne de 1984. Donc certains ont tellement bouffé de la critique du système démocratique libéral "qui en fait est une arnaque, vous n'êtes pas vraiment libre quand vous n'êtes plus esclave" (disent les curés d'internet), qu'ils disent sans ciller, droit dans les yeux, que chercher à garantir la liberté d'expression est un crime contre la liberté. D'accord.

Je dirais que la science-fiction conservatrice se repère à dix mille lieues quand on est honnête, ce qui n'est pas le cas de la bonne science-fiction libérale. Les parallèles sont généralement plus fins. Combien de gens ont consciemment réalisé que la dictature du monde d'Equilibrium parle en fait rétrospectivement de la dictature chrétienne ?

La mauvaise science-fiction dit directement ce qu'elle a à dire de façon très grossière, et est censée nous "donner envie" ou nous horrifier du futur. C'est la science-fiction de sermon. La bonne science-fiction va soit anticiper un problème en en donnant la solution (dans le dénouement par exemple), soit être en fait un monde futuriste qui nous apporte un regard différent sur une période passée ou actuelle, à la manière des Lettres persanes de Montesquieu mais dans le temps au lieu de l'espace.

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Un élément très étrange, c'est que je n'ai jamais vu ni lu aucun univers de science-fiction où la cause de la dystopie, c'était une religion assumée. C'est toujours un système présenté comme idéal par le pouvoir, je n'ai jamais vu de système où c'est juste une religion qui pourrit tout.

  • Je ne connais pas grand-chose de Warhammer, mais je sais qu'il y a une vision très péchue de l'inquisition, ce qui met assez mal à l'aise dans le principe. Je veux bien que ce sont assez parodique, mais est-ce qu'on accepterait le même univers, avec du national-socialisme glorifié, des SS charismatiques en exosquelette et le Führer-Dieu ?

  • Dans Étoiles, garde à vous !, on pourrait dire que le militarisme y est religieux, mais ça ne donne pas du tout envie de le rejeter. Ni le livre, ni le film ne donnent envie de trouver le militarisme idiot, inutile, sadique ou néfaste. Les insectoïdes (et les squelettes, dans le livre) sont la raison du militarisme. Dans le film on voit bien nettement une société libérale idéale, un confort dont les humains sont obligés de sortir à cause d'une agression extérieure. On est dans de la littérature bien dextriste. Le militarisme libéral y est posé. J'ai lu le livre enfant, et tout ce que ça m'a transmis, c'est la compréhension de l'utilité et le côté épique et transcendant d'un militarisme élevé à l'état de culte. Ceux qui y ont vu une critique de l'armée étaient juste militarophobes à la base. Même le côté caricatural du film est super entraînant, et d'ailleurs dans les femmes ont toute leur place dans cette armée, c'est même une femme haut-gradée qui remplace un homme pour appliquer la stratégie militaire machiavélique qui finalement se révèle gagnante. On est dans un dextrisme affranchi de tout virilisme conservateur stupide consistant à ne donner des qualités qu'aux seules hommes.

  • Je crois que Weber a écrit un livre où il révélait que l'islamisme allait être présent, et compromettre un heureux événement dû à de la technologie. Si je me souviens bien. C'est une première dans la science-fiction ou vous connaissez d'autres œuvres comme ça ?

Il faut avoir conscience que la science-fiction s'est développée pendant la guerre froide, et comme les peplums ont été une arme de propagande pro-chrétienne pour faire un front commun contre l'agapisme athée du communisme, la science-fiction a dû participer à ce même élan. Il fallait aussi remettre en question le totalitarisme communiste qui menaçait de dépasser les USA dans la conquête des étoiles. Sans un accident, les soviétiques auraient marché sur la lune avant les américains.

Je propose à ceux qui ont des connaissances en science-fiction, de citer :

  • des œuvres présentant le progrès de façon positive ou inspirante, ou involontairement inspirantes
  • des œuvres où la religion est responsable d'un système abominable, et que la technologie, le progrès et le libéralisme permettent de résoudre ce problème.
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Merci pour vos réponses et réflexions qui enrichissent ce sujet.

Pi Wolf : Vous faites bien de distinguer tout le domaine de la Science Fiction d'une de ses franges, l'anticipation. C'est d'ailleurs pour cela que je n'ai pas parlé de science fiction mais d'anticipation. J'aurais dû ajouter le terme "Dystopie" dans le titre du topic pour mieux aider à cerner le sujet de ma réflexion.

OldBullLee : Je précise bien dans le titre du sujet que j'allais prendre pour exemple "Le Meilleur des Monde". Je n'ai donc cité en détail que celui-ci, puis j'ai superficiellement cité "1984" et "Farhenheit 451" pour montrer que ça n'est pas un cas isolé, sans infliger une lecture trop longue.

Ce que je trouve préoccupant n'est pas l'existence de ces livres en soit, mais que ce sont les seules ouvertures à la science fiction ou à la vision futuriste qui sont proposées à l'école jusqu'au bac.

Personnellement, je n'ai par exemple jamais entendu mes profs de Français ou de littérature citer Jules Verne dans toute ma scolarité jusqu'au bac (ayant pourtant fait un bac littéraire), Jules Verne qui est un auteur classique, français, qui a été un pilier du roman d'aventure et de science fiction en son temps. Si des films adaptés de ses œuvres ne sortaient pas au cinéma de temps en temps, je pense que peu d'élèves connaîtraient son nom. Rien aussi sur H.G. Wells, qui a écrit la guerre des mondes par exemple, autre grand classique de la SF.

Pourtant, chaque année, nous avions droit à un roman d'anticipation dystopique ou catastrophe. Orwell, Barjavel, Huxley, même Campbell en anglais littéraire. Ce genre littéraire n'était donc pas oublié, mais terriblement restreint.

Pour les gens peu portés sur la lecture ou la SF, cela conditionne énormément l'imaginaire. Si la seule fois de l'année que votre prof aborde une vision futuriste de la société, c'est pour dépeindre une dictature causée par la technologie, il sème une graine de décroissantisme en vous.

D'ailleurs c'est aussi intéressant de regarder la perception qu'à la société de la SF. C'est perçu comme de la lecture de gare, de seconde zone, alors que des romans Warhammer 40 000 Eisenhorn ou la saga Dune de Franck Herbert sont de haut niveau. De même, le jeu de rôle est vu comme divertissement obscur et abrutissant de nerds asociaux, alors qu'au contraire cette activité stimule énormément la créativité et la sociabilité (mais je m'égare).

Yann Meridex : La plupart de mes lectures SF remontent au lycée, mais d'après mes souvenirs je peux conseiller:

  • "Vingt Mille Lieux Sous les Mers", "Voyage au Centre de la Terre" et quasiment tous les livres de Jules Verne pour la technologie vecteur d'aventure.
  • La trilogie du Cycle d'Eisenhorn de Warhammer 40 000, pour des guerres épiques aux quatre coins de la galaxie.
  • "la guerre des mondes" de H.G. Wells, un récit d'attaque alien très prenant et qui mets bien l'armé en valeur

Je vais me replonger dans la trilogie "Dune". Je ne sais pas ce que valent les romans Star Wars. L'univers étendu est très riche et doit contenir de bonnes choses.

Là s'arrête mes références pour l'instant.

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Pour Star Wars il y a de tout, beaucoup de spin-off par des fans, je n'en ai lu qu'un sur conseil d'un connaisseur, c'était la trilogie de Timothy Zhan, j'avais bien aimé.

Plus jeune encore j'avais lu Norby de Janet et Isaac Asimov, j'avais bien aimé mais je ne me rappelle plus de grand-chose, c'est étrange qu'on n'en parle jamais alors que c'est digeste pour les enfants. Peut-être que ça dépeint une vision du futur trop positive pour être évoqué ?

Incroyable que même la Guerre des Mondes ne soit pas présenté, j'aurais cru. J'ai constaté la même chose que tu dis. C'est fou.

J'avais aimé une adaptation en BD de la Guerre Éternelle. Je ne sais plus si c'était tradingue ou pas :sweat_smile: je me souviens juste des drogues de combat et qu'ils favorisaient l'homosexualité pour éviter la surpopulation, c'est déjà très @SoleilGay dans l'idée :sweat_smile::sweat_smile::sweat_smile:

Le genre Space Opéra a je crois pas mal d'œuvres inspirantes, mais pas abordé non plus, très peu cité par des gens et encore moins à l'école.

Je recommande Étoiles, garde à vous !, qui a inspiré le film Starship Troopers (qui a gardé le titre anglais).

C'est bien louche qu'on préfère autant promouvoir des livres dystopiques au point que beaucoup de gens ne savent même pas qu'il existe des livres de science-fiction non-dystopiques. En fait c'est justement ça le problème, pas qu'ils sont ignorants ou quoi, juste qu'on puisse cacher par omission le reste à ce point.

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CitationJe crois que Weber a écrit un livre où il révélait que l'islamisme allait être présent, et compromettre un heureux événement dû à de la technologie. Si je me souviens bien. C'est une première dans la science-fiction ou vous connaissez d'autres œuvres comme ça ?

J'avais complètement oublié de répondre à cette question alors que j'avais dévoré presque tous les livres de Weber. Et comment dire, tout n'est pas à jeter, mais beaucoup de choses sont très insupportables. Et plus il avance en âge, plus ce contraste augmente.

le livre où il parle de l'islamisme est le premier tome de sa trilogie sur les chats, la dernière en date. Il démarre cette histoire par un effondrement de la société occidentale causé par une guerre civile menée par des islamistes, un peu plus et on croirait lire Guérrilla de Laurent Obertone.
C'est honnêtement très couillu et surprenant de sa part d'amener ce sujet et il me semble que c'est le premier livre SF qui parle de ce sujet, malheureusement c'est assez vite mis de côté car les rats prennent vite la place des terroristes comme méchants principaux. La question du multi-culturalisme et du fanatisme religieux aura occupé superficiellement dix pages...

En général, là où Bernard Werber excelle, c'est dans sa narration. Le style est simple et accessible (même à un collégien), et l'enchaînement des évènements est parfaitement maitrisé de telle sorte que l'on n'est jamais lassé de la lecture. Les personnages principaux sont attachants, bien écrits, ni trop lisses ni trop anti-héros et leurs enjeux nous intéressent.

L'imaginaire utilisé est aussi très intéressant : Le schéma de base est de mélanger la technologie avec un thème précis : la mythologie antique (la trilogie "les Dieux"), le règne animal (trilogie "Les Fourmis", "Les Chats"), le clonage et la planète Terre (trilogie "Les micro humains) voir la mort ou le sommeil... Cela fait de la technologie un énorme vecteur vers l'évasion et un champ d'infini de possibles.

Malheureusement pèsent dans la balance des défauts non négligeables : culpabilisation du monde blanc quasiment responsable de tous les maux sous couvert d'auto-critique (alors que c'est ce même monde banc qui rend possible la technologie qui fait tant rêver Bernard Werber, allez chercher la logique...), tropisme exotique de plus en plus présent au fil de ses oeuvres, accompagné d'une glorification du bon sauvage (ses personnages principaux finissent presque tous en couples interethniques maintenant, et pour des raisons très bancales scénaristiquement parlant...), mépris de l'armée (réduisant les militaires à des personnages idiots, avides de pouvoir et va-en-guerre) et projection de ses fantasmes dans ses histoires au risque de rompre la suspension d'incrédulité du lecteur (autant des robots chats ultra sophistiqués pour chasser des rats augmenté via des ports USB implantés dans le crâne ça passe crème, autant Hilary Clinton élue présidente des survivants de New York qui fait la paix avec le KKK, les amérindiens et les BLM ça m'a sorti de l'histoire direct).

Conclusion : à lire avec du recul pour profiter d'un grand imaginaire et de bons personnages, sans avaler tout cru le tiers-mondisme pas toujours servi discrètement.

PS: Pour les amoureux des chats, le Cycle des chats a quand même deux chats géniaux en persos principaux, dont les réflexions et dialogues sont un régal.

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Très intéressant, ça ne m'étonne pas. C'est d'ailleurs pour ces raisons que je lis très peu de science-fiction : il est tellement facile pour un vivrensembliste de nous vomir ses fantasmes dans la tête que ça casse net la magie d'un monde qu'on découvre. Quand on sait ce que l'auteur fantasme et ce qu'il veut directement nous donner à penser et ressentir, on ne peut plus se plonger dans un univers en oubliant qu'il a été façonné arbitrairement par un homme. Les meilleurs univers restent ceux où les auteurs écrivent instinctivement et font parler leur inconscient. C'est beaucoup plus riche, crédible et sujet à interprétation. Ça c'est de l'art.

En revanche les romans "coup-de-coude-lourdingue-dans-les-côtes" où l'auteur fait un monde sur-mesure pour nous dire quoi penser, je ne supporte pas.

J'ai lu un très court extrait de guérilla qui m'a directement coupé l'envie de lire — que je n'avais pas au préalable, ceci dit. Dedans, il y avait le personnage d'un homme soi-disant gauchiste à cause de sa femme ou je ne sais quoi. C'était présenté d'une façon tellement bête, pour que n'importe lequel des sous-hommes conservateurs puisse s'identifier à ce lâche qui accuse sa femme, que j'en ai été stupéfait. Je ressens plus généralement un grand malaise concernant tous les romans d'auteurs qui, sous prétexte de nous alerter, se masturbent intellectuellement de l'idée de notre chute, et Soumission, Guérilla et probablement le livre de Weber que tu as décrit tombent complètement dans ces catégories. Ils mélangent du jubilatoire, et le public ose prétendre que l'effondrement est possible alors même que la quasi-totalité de ces gens n'ont même pas une machette chez eux. Des collapsistes enthousiastes qui se cherchent un frisson mais qui n'y croient pas une seconde. L'idée c'est de toujours dépeindre l'Occident comme un tas de faibles et de dégénérés qui vont se faire écraser ou bien régénérer par la semence orientale. Autant lire le moine taré Salvien se masturber ostensiblement face à la "chute de Rome", nom qu'on donne au démantèlement administratif volontaire et programmé par les élites chrétiennes à la tête de l'empire romain.

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