L'organisation excessive du monde

A tout bien y réfléchir, la plus grande menace qui pèse sur l'humanité, c'est l'organisation excessive du monde.

L'organisation excessive du monde est moins le fait d'un complot d'une petite élite "satanique" que de millions de gens qui pour avoir l'impression de servir à quelque chose dans la vie inventent des procédures, des contraintes, des innovations logistiques, des systèmes. Ils coordonnent, ils aménagent, ils agencent, ils programment, ils gèrent, ils structurent, ils complexifient. Ils sont persuadés de bien faire, aucune malveillance.

Ils ont sans cesse des propositions, des idées. Des idées pourries.

Ils font chier.

Ils détournent chaque découverte technique de sa fonction pour encadrer, contrôler, rationnaliser, aliéner davantage, alors que nous devrions au contraire nous saisir de ces nouveaux outils pour émanciper, enchanter, créer et libérer.

Les ennemis de l'humanité et de la liberté œuvrent à rendre le monde plus compliqué, et cette folie intervient au moment même où nous disposons de tout ce qu'il faut pour le rendre plus simple. Incroyablement simple.

Halte aux fanatiques du faire, il faudrait défaire, ne rien faire, laisser faire.

Ils nous empêchent de nous laisser aller à la délicieuse paresse, mère de toutes les vertus.

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C'est vrai que l'équation est assez simple. Il y a des gens créatifs, entrepreneurs et inventifs d'un côté, qui ne craignent que les entraves et les limites qu'on leur impose, et les régularisateurs de l'autre, qui ont plutôt tendance à étouffer tout ce qu'ils touchent, sont obsédés par le cadre, le protocole et les dérives (ce qui en fait un terreau fertile pour le conservatisme).

Il est extrêmement rare de trouver des gens qui ont une âme de régularisateur mais qui sont également suffisamment créatifs pour comprendre l'intérêt de laisser une grande marge de manœuvre aux créatifs.

D'un autre côté, les créatifs qui ne veulent jamais industrialiser leur production, qui n'ont aucun désir pour la croissance, et qui se complaisent dans une création à la qualité inégale, c'est aussi un étouffement dans l'œuf. Les créatifs frustrés dans des métiers de régularisateurs sont aussi un vrai clou au travers du pied, puisqu'enviant la vie des créatifs assumés, ils ont tendance à envier leur liberté et penser qu'ils feraient mieux alors même qu'ils n'ont aucune idée de la contrainte que représente la précarité financière et l'incertitude du résultat. L'ennemi du créatif, c'est la contrainte immédiate de l'alimentaire.

(...) un développement général des formations artistiques et une déprécarisation de masse du métier d’artiste permettra une liberté sans précédent, loin du dirigisme ministériel étouffant. Ceux qui caressent nos âmes doivent être délestés de la préoccupation alimentaire du quotidien.

Manifeste de l'occidentalisme, chapitre 12.9 : La restauration d’un univers mental européen

La plus solution au problème que tu as présenté est aussi amusante que radicale : les régularisateurs doivent être régularisés. Sans aucune pitié. Ils doivent être encadrés et mis au service de la création et non en opposition à la création.

Dans les sociétés créaticides issues du christianisme où le labeur est une obligation divine pour se purger du péché originel, on a décidé que le travail laborieux primait sur le génie créateur, et on a donné le feu vert à des bureaucrates fanatiques pour régulariser jusqu'aux détails les plus insignifiants de nos existences.

Il faut bien comprendre que pour un esprit chrétien, la création est toujours suspecte, puisqu'elle rivalise avec "le Créateur", surnom de leur dieu infect. Aussi s'attachent-ils à ne jamais rien créer par eux-mêmes, pour se concentrer uniquement sur la réplication des créations par des prolétaires ne disposant pas de la fortune des bourgeoisies chrétiennes formées sur le pillage de l'Europe pendant 1500 ans.

Ainsi on a pour habitude de toujours asujettir la création à la régularisation, et non l'inverse comme ça devrait être le cas. Ce n'est pas la régularisation en elle-même qui pose problème, mais l'absence totale de bornes imposées à ceux qui nous en imposent, d'où l'intuition libertaire de mai 68 revendiquant qu'il est interdit d'interdire.

La régularisation doit toujours se faire au service de la création et pour continuer l'effet positif de l'œuvre de création par l'industrialisation, l'expansion et l'automatisation. Quand la création est bornée par une idéologie religieuse ou une politique néochrétienne (fascisme, communisme), ça donne l'enfer.

On se souvient de l'inscription "Le travail rend libre" à l'entrée des camps de concentration nazis, mais on oublie souvent que le même slogan figurait également dans les années 20 sur au moins un des goulags communistes des îles Solovki, sous la forme "Par le travail, la liberté !". Les deux plus grandes exterminations de masse de l'humanité se sont accompagnées de l'idée omniprésente du labeur purificateur, le tout rendu possible grâce à une bureaucratie hypertrophiée par la folie stakhanoviste et l'absence totale de garde-fou contre les régularisateurs psychopathes.

La création ne va pas bien loin sans une once de régularisation (discipline, protocole, méthodologie, professionnalisme...). Mais quand la régularisation est considérée comme plus importante que la création, au point qu'on ne se choque pas qu'elle l'étouffe de tout son poids castrateur, on peut vite sombrer dans un enfer. Les régularisateurs ont été les bras armés du nazisme et du communisme, il ne faut surtout pas l'oublier, et libérer au mieux la création du rouleau-compresseur régulariste.

Rien de pire que l'horizontalisme régularisateur, au passage, le plus sûr moyen de stériliser des projets et de faire fuir les créateurs alibicoles.

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Le pouvoir chrétien a absorbé et weaponisé les trésors d'ingéniérie de Rome pour créer une Eglise machine à détruire la créativité européenne. Les romains sont LE peuple ingénieur par excellence, tant dans le domaine de l'architecture, que de l'urbanisme, du droit et de l'administration. En prenant possession de Rome, les chrétiens ont fabriqué un monstre de puissance destructrice.

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(Sans Rome, le christianisme serait resté une énième secte Yahvique croupissant dans un shithole oriental)

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Tellement.

Le christianisme a retourné notre genie contre nous-mêmes

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Malgré tous les trésors de propagande que mettent en avant les chrétiens, les romains n'ont pas eu besoin de cette secte orientale pour bâtir des aqueducs qui acheminaient l'eau courante dans les villes, un réseau routier hors du commun pour l'époque.

Par contre avec le christianisme on a eu droit à l'interdiction des JO par Théodose, la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, le lynchage de la philosophe grecque Hypathie.
Il a fallu attendre la renaissance pour que l'Europe commence à se libérer du joug chrétien qui l'entravait depuis la fin de l'empire romain.

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Ce sujet, c'est la matière de la discussion permanente qui oppose les créas des agences de pub aux commerciaux dans l'open-space d'à côté. Celle qui oppose les responsables de systèmes informatiques, chargés d'assurer le bon fonctionnement d'une infrastructure d'entreprise au quotidien, aux développeurs, à qui l'on demande fabriquer les outils du futur en restant dans ce cadre étroit. Celle qui oppose les architectes visionnaires aux comités d'urbanisme municipaux... Il faut un équilibre. Il faut laisser aussi les régularisateurs faire leur truc, mais dans un espace qui soit balisé. Réguler les régularisateurs ; j'aime beaucoup. Évidemment, savoir qui doit baliser leur terrain, décider de qui régulera les régularisateurs reste une question entière. Et qui menace en plus de se mordre la queue.

Je n'ai aucune réponse utile à apporter. Pour y répondre il faut probablement un génie particulier, ou une longue expérience, que je n'ai pas. Je suppose que les profils avec quarante ans d'expérience à la tête d'une entreprise auraient des choses à en dire. Mais je suis certain d'une chose : des entreprises comme Amazon, Dell ou Google n'auraient jamais pu exister sans le concours de personnes violemment régularisatrices, des obsessionnels-compulsifs fous furieux, des gens qui n'ont jamais accepté de laisser quoi que ce soit au hasard. Des types qui programment, qui agencent, qui structurent à chaque instant de leur existence ; qui coordonnent, qui complexifient même en phase de sommeil profond ; qui gèrent et qui aménagent y compris quand ils rêvent. Pourtant, quelle augmentation substantielle de notre liberté en aura résulté ! Commander des ordinateurs sur mesure à des prix imbattables et livrés chez soi en 2-3 jours, s'affranchir de toute la rigidité des vingt-cinq années précédentes en hébergeant tous ses sites et services dans un cloud éléphantesque, se promener n'importe où sur la Terre avec des photos prises depuis l'espace...

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Je crois que la réponse est toute simple. Les hommes qui ont le génie de l'organisation et des systèmes complexes, doivent œuvrer à rendre le monde plus simple, pour permettre au génie de tous les autres de s'exprimer.

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