Ou s'arrête la filiation et où commence l'adoption ? Possibilités offertes par les utérus artificiels, mères porteuses, dons de gamètes

Hier j'ai regardé le témoignage d'une femme devenue maman seule à 51 ans, après avoir accouché de deux jumelles issues de dons d'ovocytes et de dons de sperme.
Cet exploit médicale m'a émerveillé et aussi fait me projeter dans le futur en me posant la question : Comment différencierons-nous adoption et filiation dans le futur ?

Aujourd'hui, la définition de l'adoption est :
Acte juridique qui établit des rapports légitimes de parenté directe entre personnes non liées par le sang.

Et la définition de filiation est la suivante :
Lien de parenté unissant un être humain à ses ascendants :
1 Lien unissant un enfant à son père ou à sa mère.
2 (Lien unissant l') ensemble des générations d'une même famille
3 (Lien de) continuité des races, des différentes formes de vie, issues les unes des autres.

Nous avons pour habitude de penser uniquement aux 2 premières sous-catégories concernant la définition de la filiation, mais avec les progrès de la médecine et l'arrivée des utérus artificiels, il sera de plus en plus difficile de ne pas prendre en compte la troisième.

Reprenons l'exemple de cette femme européenne de 51 ans. Elle a porté ses deux jumelles et bien qu'aucun des gamètes ne vient d'elle, ses filles lui ressemblent car leurs gamètes sont issues de personnes européennes, conformément à ses souhaits.

Mais elle aurait pu tout autant choisir des gamètes venant d'africains ou d'asiatiques, car voulant des enfants ressemblant à ces ethnies. Après tout, nombre de couples aiment adopter des indiens, africains ou chinois alors qu'il y a aussi des offre d'adoption en Europe.
Dans ce cas-ci, cela aurait il été plus une adoption qu'une filiation ?

La médecine permet aujourd'hui de recourir aux mères porteuses. Il est donc tout à fait possible pour une personne A d'acheter des gamètes issues de 2 autres personnes B et C, de payer une mère porteuse D pour donner vie à son enfant pour le récupérer ensuite. Cet enfant serait donc, d'après la définition, adopté par la personne A, puisque sang lien de sang avec elle ?

Dans 100 ans par exemple, avec l'accès à aux utérus artificiels, nous pourrions donc, avec un don d'ovocytes et de sperme, donner naissances à des bébés ne possédant aucun de nos gamètes et sans les avoir portées, donc sans échange sanguins, donc sans aucun lien de sang. Sera t'il plus juste de parler de filiation ou d'adoption ?

La question de la filiation ne se limitera pas à savoir si le bébé à les mêmes gênes que ses parents (sous-catégories 1 et 2), mais pourra s'étendre au génome général de peuplement, de la race à laquelle le futur bébé appartiendra (sous-catégorie 3

Ainsi un bébé né de gamètes allemands dans un utérus artificiel pour un couple français, au nom du génome européen, pourrait bénéficier d'un statut de filiation, tandis qu'un bébé issu de gamètes asiatiques, même porté par une femme européenne, serait plus apte à un statut d'adoption.

Cela permettrait, tout en laissant à chacun la liberté de créer les enfants qu'il/elle veut, de définir un statut plus clair pour les enfants ?

Bref, ce sont des bribes de réflexion, ouvertes à tous bien entendu.

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En effet, la question doit se poser.

Le consensus juridique actuel du droit français me semble déjà extrêmement branlant, fragile et par conséquent sujet à des remises en question. En droit la filiation n'obéit pas la définition que tu as donnée, elle est à la place une fiction juridique : elle fait d'un enfant adopté l'équivalent, administrativement parlant, d'un enfant issu des gamètes d'un couple de personnes qui l'élèvent. Cette construction me semble adaptée à une simplification du travail de magistrats ou d'officiers de l'administration, mais beaucoup moins adaptée à l'épanouissement des individus concernés.

J'ai du mal à voir comment ce mensonge gigantesque (en importance et en durée) qu'on impose à la psyché d'un enfant – un mensonge déjà bien mis à mal par les objections à l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels, et davantage par l'accès à la PMA aux femmes célibataires – pourrait ne pas voler en éclats avec l'avènement des systèmes de gestation ex-utero, et la démocratisation de leur emploi qui s'en suivra.

L'ouverture de la PMA à l'ensemble des femmes avait déjà poussé au moins une intellectuelle solidement ancrée à gauche, Sylviane Agacinski, à s'enferrer dans un conservatisme absolu sur la question, complet avec dénonciation de l' « échange marchand », du « contrat commercial » et de la « conception américaine ». Je me trouve d'accord avec elle, cependant, quand elle affirme :

Mais j'en tire une conclusion opposée. Plutôt que de congeler notre droit et nos pratiques dans un statu quo lui-même déjà fait d'évolutions sociales controversées (rappelons que si on avait laissé faire les chrétiens politiques, on n'aurait sans doute jamais accordé une égalité en droit aux enfants nés hors-mariage), le moment me semble opportun de clarifier les choses, en cessant de tordre le vocabulaire dans tous les sens – une choix qui ne sert qu'à faciliter le travail de l'administration, ou peut-être aussi à tenter stratégiquement de passer sous les radars des conservateurs (auquel cas ce serait de toute façons un gigantesque échec). Alors je n'irais pas jusqu'à suggérer qu'on qualifie chaque enfant né au sein d'un couple d'enfant adopté ! Mais distinguer nettement et sans pudeur le lien de parenté du lien de filiation, y compris dans nos règles de droit, ça, oui.

Je ne fais que gratter à la surface du sujet en disant cela.

Fixer une définition de la filiation qui reconnaîtrait les trois degrés que tu as listés, y compris la troisième, faite de catégories raciales, me semble hasardeux  je doute qu'on y gagnerait quoi que ce soit...

Pour être moins abstrait,

En fait, (à ce jour) ces catégories ne s'opposent ni ne s'excluent comme ça. Il s'agirait d'une adoption: la parenté, avec toutes les responsabilités, tous les devoirs qui vont avec, seraient transférés sur cette mère (subrogation). La filiation serait immuable, il s'agirait seulement du lien unissant l'enfant à ses deux géniteurs.

Je pense qu'il faudrait qualifier cette forme de parenté autrement que par le mot adoption. Un appariement ? Là encore, la filiation conserverait son sens premier.

J'aime bien cet exemple car il montre toute l'étendue de l'absurdité actuelle, qui consiste à inventer des filiations imaginaires, même dans des cas complètement incongrus. Comment s'imaginer un instant qu'il soit dans l'intérêt d'une personne asiatique ou africaine de grandir dans une société où l'administration, peut-être ses parents, peut-être ses instituteurs, etc. se bornent à lui dire que sa filiation, donc son arbre généalogique, passe par ses parents blancs ? Quel rapport à notre société un tel individu pourra-t-il nourrir en conséquence ? Comment se figurera-t-il notre rapport à la factualité ?

La 3e définition est évocatrice des filiations entre les races dans les processus de spéciation. Une race séparée sur deux continents et qui évoluent séparément pendant 10 000 ans devrait donner deux races-filles, une sur chaque continent. En les laissant séparées plus longtemps, en 200 000 ans par exemple, on peut obtenir des espèces différentes, incapables de se reproduire entre eux. C'est ça la filiation concernant les races, ça ne concerne pas les individus.

Si on considère qu'avec les gamètes données par n'importe quels autres européens on fait un enfant semblable à un enfant obtenu avec nos gènes, on nie le principe des filiations d'échelle familiale et on fait une sorte d'agapisme entre européens appliqué à la génétique... or l'agapisme mène toujours à des formes plus ou moins perverses de christianisme.

Clairement, non, on se retrouve avec un enfant adopté peu importe sa race, tant qu'il ne vient pas strictement de nous.

D'autre part, la filiation est surtout un notion juridique. En droit français, il y a des filiations naturelles et des filiations adoptives. La filiation naturelle est la filiation rattachant un enfant à ses deux géniteurs. Tout le reste tombe dans la catégorie de la filiation adoptive.

Du coup je pense qu'il n'y a pas de confusion possible entre là où la filiation naturelle s'arrête et là où la filiation adoptive commence. La filiation naturelle entre individus, dans une famille, ne peut l'être qu'entre personnes directement descendantes.

Filiation vient de filiatio / filius : fils et parenté vient de pario : enfanter, accoucher, comme dans "post-partum" pour dire après-accouchement. Je préfère largement le terme neutre de filiation, qui consiste à "considérer comme son fils", donc à reconnaître un enfant comme le sien, qu'il soit génétiquement notre descendant ou qu'il soit adopté.

Le concept de parents est assez problématique puisqu'il sous-entend étymologiquement que le père a le même statut que s'il avait accouché, et induit la confusion entre la filiation naturelle et la filiation adoptive quand on l'utilise pour parler du père adoptif ou de la mère adoptive. Mais bon, peu importe, et dans le langage courant ça ne pose pas de problème, on sait qu'on sous-entend "parent de substitution".

La filiation doit être désirée, dans tous les cas. Pour la mère, il faut le droit d'accoucher sous X, et pour le père, le droit de refuser ou d'accepter une paternité, avec bien sûr un contrat de pré-reconnaissance de l'enfant à naître, qui peut être le PACS ou le mariage, ou un contrat spécifique selon le cas.

Ainsi :

  • Les géniteurs sont les personnes dont sont issues les gamètes mâles et la gamète femelle.
  • Le tuteur est un adulte responsable légal de l'enfant, qui a reconnu la filiation naturelle, qui a choisi d'adopter/recourir à un don de gamètes sans utiliser les siennes. On peut appeler ça "parent" même s'il n'a pas accouché, peu importe. On fait juste de la pub déguisée à La Manif Pour Tous :christine_boutin: :ragechrist:
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