Pour une approche bioculturaliste, contre les biais misogynes de l'evopsy et les biais créationistes des déconstructionnistes

Il y a quelques années, j'ai suscité une vague de haine à gauche parce que j'avais écrit un article étrillant la théorie de Priscille Touraille selon laquelle la différence de stature entre hommes et femmes s'expliquerait exclusivement par le patriarcat alimentaire, et raillant la vulgarisation franchement crétine de cette thèse par la journaliste et militante végane Nora Bouazzouni. ["Les femmes sont petites car les hommes les ont privées de nourriture" : fake news !]

Si c'était à refaire, je ne retirerais pas une seule ligne de cet article, mais j'ajouterais quelques paragraphes épicés sur les biais misogynes des adversaires de Touraille, les défenseurs de l'evopsy. La thèse centrale de ce camp, ou plutôt leur sous-entendu omniprésent, est que l'essentiel des différences et inégalités sociales, économiques, psychologiques, affectives, professionnelles, artistiques, intellectuelles, cognitives, entre hommes et femmes, seraient dues à des différences biologiques et non à des causes culturelles. Les tenants de cette thèse ont la fâcheuse habitude de clamer qu'ils ne font pas de politique et de dénoncer les tentatives féministes de politiser la science, tout en passant leur vie à donner leur opinion sur des questions politiques dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il y a de quoi suspecter là une fausse objectivité et une tentative de nier les biais politiques pouvant affecter la recherche scientifique.

Il y a d'autres points qui me font tiquer du côté des défenseurs de l'evopsy :

  • Les discours qu'ils tiennent sur les différences psychologiques entre hommes et femmes, ils n'osent jamais les tenir sur les races. Ainsi, des chercheurs et journalistes scientifiques ont toute latitude d'affirmer que les différences entre hommes et femmes sont aussi grandes qu'entre l'humain et le chimpanzé, et la presse les relaye sans problème. Je vous jure que c'est vrai : Génomique et sexisme : des femmes, des hommes et des chimpanzés – Allodoxia. Pourquoi ne les entend-on jamais émettre de semblables hypothèses concernant les possibles différences entre des populations ayant vécu séparées les unes des autres pendant des centaines de millénaires ? Est-ce qu'ils oseraient fanfaronner avec des phrases du genre "Telle race est plus éloignée de la race blanche que l'humain n'est éloigné du chimpanzé" ? Bien sûr que non. Leur parole est le reflet des rapports de force politiques en vigueur en Occident, qui veulent que la parole raciste (dans le sens minimal de conviction que des différences entre races existent) soit infiniment plus criminalisée que la parole sexiste (dans le sens minimal de conviction que des différences entre sexes existent).

  • Les travaux de l'evopsy sont constamment utilisés par des militants ultra-misogynes, des nazis, des gens qui militent pour la suppression du droit de vote des femmes, l'instauration d'un patriarcat intégral, la légalisation du viol, et j'en passe. On n'entend jamais les tenants de l'evopsy condamner ces instrumentalisations. On ne les entend pas non plus recadrer les interprétations politiques gynophobes hardcore de leurs travaux, ni s'interroger sur les raisons de ces utilisations ou les manières de les éviter. On est en droit de se demander si, au fond, ils ne jouissent pas de voir des gens faire la basse besogne qu'ils n'osent pas faire eux-mêmes. Nous ne sommes pas responsables d'un individu qui raconte n'importe quoi en utilisant nos propos. En revanche, quand cette utilisation est systématique, massive, qu'elle dure depuis très longtemps, et qu'elle est même un des principaux modes de propagation de votre travail sur internet, alors il devient impératif de s'asseoir un moment et de réfléchir aux raisons de cette situation ainsi qu'aux moyen d'éviter qu'elle ne perdure. Depuis que j'ai vu un influenceur conservateur tout propret se réjouir publiquement du viol et du meurtre d'une femme, et laisser ses fans publier des montages pseudo-humoristiques avec des photos du cadavre de la victime, je ne peux m'empêcher de me demander combien de journalistes et scientifiques sont animés des mêmes pulsions sombres, en étant simplement assez malins pour les cacher. Les tenants de l'evopsy déplorent constamment la politisation des débats scientifiques, les phénomènes de meute et les émotions collectives. Alors pourquoi ne dénoncent-ils pas ces mêmes choses quotidiennement pratiquées par leurs supporters ?

  • Je ne vois jamais ces gens s'interroger sur leurs éventuels biais. Ce reproche, on peut aussi le faire au camp déconstructionniste, c'est vrai. Mais les fautes des uns n'excusent pas celles des autres, surtout quand on se présente en chevalier blanc pourfendeur de l'obscurantisme, défenseur de la théorie de l'évolution bafouée.

  • Je vois les tenants de l'evopsy passer beaucoup de temps à répondre à leurs adversaires les plus débiles, les plus caricaturaux, les plus malhonnêtes. Mais je ne les entends pas répondre aux critiques nuancées, solidement argumentées et calmes. Des promoteurs de la rationnalité scientifique ne devraient pas participer à cet abrutissement des débats.

  • Je constate une absence de modestie choquante concernant l'état actuel de la science sur le cerveau humain. Si l'on croit au progrès scientifique, on doit justement admettre que la science actuelle est moins développée que celle de demain. Il est probable que dans 300 ans, on riera des actuelles théories scientifiques sur le cerveau comme on rit aujourd'hui de la théorie des humeurs. Dans le cas des connaissances scientifiques sur le cerveau humain, nous n'en sommes qu'aux balbutiements et il est irresponsable de le nier.

Bref, je suis profondément insatisfaite tant de l'evopsy, qui n'est souvent qu'un fatras de propos misogynes de comptoir enrobé dans une rhétorique pseudo-scientifique, que par le déconstructionnisme, qui souvent contribue à instaurer des délits de blasphème scientifique et donc à créer un environnement logicide. Je souhaite approfondir dans ce topic (et dans des publications ultérieures) une approche bioculturaliste des différences entre hommes et femmes, c'est-à-dire une réflexion sur l'intrication du naturel et du culturel pour comprendre les différences sexuelles.

Je souhaite notamment partager ici diverses lectures qui me semblent stimulantes.

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"Si l’analyse du dimorphisme sexuel peut être pertinente cliniquement et en termes thérapeutiques, elle ne peut avoir de valeur explicative pour les phénomènes sociaux. Au contraire, ceux-ci expliquent plutôt pourquoi des scientifiques de toutes disciplines continuent si assidûment et depuis des siècles à rechercher des manifestations du dimorphisme sexuel dans chaque élément corporel nouvellement découvert ou grâce à de nouvelles techniques d’investigation. Les stéréotypes de genre ont la peau dure et agissent sur le cerveau des scientifiques à chaque étape de leurs essais et raisonnements.

Face à cela la critique féministe des neurosciences s’organise et s’étend. Depuis 2010, le «NeuroGenderings Network», un réseau interdisciplinaire et international de vigilance, produit des colloques tous les deux ans et d’importantes contributions. Parmi les expertes, auxquelles j’ai beaucoup emprunté, signalons la philosophe des sciences Cynthia Kraus, la sociologue des sciences Odile Fillod et son blog «Allodoxia», la neurobiologiste Catherine Vidal. Neuroféminisme contre neurosexisme, constructivisme contre naturalisme : la science est aussi un combat politique." Neuroféminisme contre neurosexisme – Libération

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"Neurosexisme : la guerre est déclarée"

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Delusions of Gender: How Our Minds, Society, and Neurosexism Create Difference livre de Cordelia Fine publié aux Etats-Unis en 2010, visant à pointer les défauts et biais misogynes de l'evopsy

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"Neuro Nonsense", compte rendu de lecture de l'ouvrage de Cordelia Fine

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Bien évidemment, je n'ai parlé ici que des critiques que j'adresse à l'evopsy, tout simplement parce que j'ai déjà écrit certaines de mes critiques du déconstructionnisme, tandis que je n'avais pas pris le temps de lister et d'expliciter ce qui me dérange dans l'evopsy. Il me semble important de critiquer les deux approches et telle est la fonction de ce topic.

Parmi mes principaux reproches à l'approche déconstructionniste :

  • Tendance marquée à la criminalisation de la pensée, à l'instauration de délits de blasphème intellectuel

  • Démarche scientifiquement stérile : croyance trop répandue qu'une analyse sociologique ou socio-anthropologique des défauts de l'evopsy peut se substituer à une étude biologique du sujet. C'est par exemple la technique argumentative de Touraille. En résumé : "J'ai prouvé que les tenants de la thèse biologique avaient dit un certain nombre de conneries, donc ça prouve que la seule explication possible au phénomène est d'ordre social". Je grossis le trait et je sais qu'il existe des chercheuses anti-evopsy qui ont un discours beaucoup plus nuancé que cela, mais force est de constater que la parole publique sur ce sujet est monopolisée par les déconstructionnistes les plus caricaturaux.

  • Participation à un effet de stéréo. Les attitudes frôlant avec le négationnisme et le créationnisme flattent les influenceurs misogynes qui peuvent alors se draper facilement dans des postures de défenseurs de la rationnalité scientifique face aux "féminissistérik". Pitié, ne leur faisons pas ce cadeau.

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C'est un pseudologisme très commun chez eux. Botter en touche et mépriser quand une personne leur fait une remarque gênante. Et ne répondre véritablement qu'aux remarques les plus bêtes. On ne les voit jamais échanger d'égal à égal, leurs fils d'actu sur les réseaux antisociaux consistent juste à montrer qu'ils sont plus intelligents que tout le monde, et à se prendre pour des scientifiques parce qu'ils ont traduit quelques passages choisis de rapports (déjà simplifiés) d'études scientifiques.

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Je pose ça la :

Un article d'une jeune chercheuse qui s'attaque à Rochedy et à l'evopsy. Précision intéressante : elle explique au début que c'est elle qui devait débattre face à Rochedy dans l'émission de RT France avant d'être remplacée par cette blogueuse antipathique et carrément pas au niveau.

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Ah super! C'était ce genre de topic que je cherchais, le bazar Alice coffin m'a poussé à lire des essais féministes mais c'est compliqué quand on a pas beaucoup de références de faire le tri entre les ouvrages. J'ai commandé la Femme des origines de Claudine Cohen, publié en 2003 après être tombée sur cet article et c'est plutôt intéressant jusque là mais comme toute féministe de gauche douée et dont le discours n'est pas creux il y a assez peu d'articles sur elle alors qu'elle est plutôt solide.

"En centrant l’analyse sur les mutations des représentations de la femme préhistorique, depuis la sélection sexuelle darwinienne jusqu’aux perspectives féministes contemporaines, Claudine Cohen a, pour la première fois en France, fait le bilan des différentes approches qui ont permis de « voir » cette femme, souvent réputée « invisible » par les archéologues, selon lesquels il serait impossible de distinguer, dans le matériel lithique ou artistique que livrent les fouilles, des différences pertinentes permettant une élucidation de la différence et des rôles sexuels aux temps préhistoriques."

Et parlant de criminalisation de la parole raciste Sastre en tient une couche dans cet article on est carrément sur le triptyque blanches bourgeoises qui discriminent socialement les pauvres petits hommes prolétaires du Tiers Monde. Je vous mets l'extrait qui m'a le plus fait halluciné mais l'article au complet est fou:

La quatrième, découlant de la précédente, c'est que j'ai souvent l'impression que le caractère problématique du harcèlement de rue ne naît pas d'une volonté de neutraliser sexuellement l'espace public (à la limite, cela pourrait être une solution...), mais de le plier aux exigences, aux stratégies féminines. De remplacer une ancienne discrimination par une nouvelle, une ancienne inégalité par une nouvelle – et d'ouvrir la voie à une nouvelle ségrégation.

C'est particulièrement patent dans le documentaire qu'avait diffusé "Envoyé Spécial". Dans le film, à plusieurs reprises, la journaliste dit à ses "harceleurs" que ce n'est "pas comme ça qu'on fait" (sous-entendu : pour draguer, pour séduire une femme). Que l'un des souci du harcèlement de rue, c'est qu'il est la manifestation de mauvais codes de séduction.

Et que si ces codes sont "mauvais", c'est qu'ils ne correspondent pas, comme le soulignait à très juste titre l'article sur le "féminisme bourgeois" d'Alix van Buuren, aux logiques que privilégient en moyenne les femmes lors d'une interaction sexuelle.

Qu'au fond du fond, le problème avec le harcèlement de rue, c'est qu'il est justement le fait "d'hommes de la rue" – plutôt pauvres, plutôt désœuvrés, plutôt immigrés de fraîche date – et que cela ne colle absolument pas avec l'hypergamie – le fait de se mettre en couple, à plus ou moins long terme, avec quelqu'un d'un statut (social, intellectuel) plus élevé que le sien – dont sont encore très majoritairement familières les femmes.

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Claudine Cohen est aussi sur ma liste de lectures ! Concernant Sastre, je vais de déception en déception, et là, c'est la cerise sur le gâteau. On nage en plein communisme sexuel. Du Soral sauce ouin-oui. C'est affligeant. Qu'elle n'ose plus prétendre qu'elle ne fait pas de politique.

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Je ne la sentais pas, Sastre. J'ai l'impression qu'elle cherche à plaire aux hommes à tout prix.

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C'est qui "Sastre" ?

Désolé de ne pas connaître cette personne...

Saviez-vous que :

  • Le moteur de recherche Google peut aussi servir à faire des recherches ;
  • Un article de Peggy Sastre a été cité plus haut, et elle a été évoquée en qualité de journaliste du domaine de l'evopsy ;
  • Le motocrotte bot est toujours ravi de pouvoir vous aider :robot:
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J'emmerde les motocrottes.

Si vous n'avez rien d'intéressant à dire, taisez-vous. Ce topic est une discussion de fond entre féministes occidentalistes souhaitant développer une approche bioculturaliste de la question des différences biologiques et psychologiques entre femmes et hommes. Vous débarquez pour revendiquer fièrement votre ignorance du sujet et pour manifester le fait que vous vous en fichez tellement, que vous ne prenez même pas la peine de faire une simple recherche Google. Attitude de parasite misogyne fier de son ignorance. Vous êtes prié d'aller poser ailleurs vos crottes et autres déjections mascus malodorantes.

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Putain, c'est super sympa ici. Je vais donc suivre cette aimable suggestion. Ciao.

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Nous discutions tranquillement d'un sujet qui nous tient à cœur, lorsque brusquement vous avez débarqué pour nous dire que notre discussion ne vous intéressait pas. La casseurs d'ambiance comme vous n'ont pas leur place ici. Dehors.

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