Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Eglise - Documentaire ARTE

Il y a deux jours, j'ai regardé à la télévision un documentaire ARTE, qui abordait l'horrible, mais encore méconnu, scandale des religieuses abusées par des membres du Clergé, et dont la première diffusion date de 2019. Il est disponible sur Youtube. Voici donc le lien du Documentaire Arte que je vous invite à regarder tant il montre, si c'était encore à démontrer d'ailleurs, la sordide mafia qu'est l'Eglise catholique, qui n'a rien fait pour aider ces femmes qui se sont pourtant dévouées à leurs dogmes.

Evidemment, c'est un documentaire dur, qui aborde des cas de soumissions mentales, d'agressions, de viols, de prostitution parfois encadrée par des Mères Supérieures en Afrique...

La vidéo est choquante, tout du long, et sans interruption. Je ne suis même pas surprise d'y retrouver l'immonde complice des pédocriminels, Barbarin, qui a tressé des couronnes à l'un de ses collègues violeurs, le père Marie Dominique, quand ce dernier est décédé. Après plus d'une heure de visionnage, je ne pensais d'ailleurs pas que mon seuil de dégoût pouvait être atteint : le passage concernant le sort réservé aux religieuses enceintes, m'a prouvé le contraire. J'ai été marqué par le témoignage de Christian Terras, rédacteur en chef du journal catho Golias, qui expliquait de des prêtres s'en prenaient aux religieuses car, étant a priori vierges, elles ne pouvaient leur transmettre le SIDA.

Quand on fait le bilan de cette secte envahissante et abusive, il n'y a vraiment aucun point positif qui justifierait qu'on en fasse un élément de notre civilisation et qu'on lui laisse encore dicter ses lois dans nos démocraties.

Si comme moi, vous avez raté sa diffusion en 2019, vous pouvez le regarder avant le 11 mai prochain.

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Je viens de finir de le regarder. C'est en effet atroce. Pendant une heure et demi, des portraits ou des évocations de femmes subjuguées avec un terrible mépris, parfois brisées profondément, quand elles ne sont pas mortes de ce que la hiérarchie catholique leur a infligé.

Merci de l'avoir partagé. Je l'ajoute à ma collection de documentaires sur les dessous de l'Église. Arte produit de bonnes choses sur ce thème.

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Ce documentaire est effarant, et pourtant mené avec une équipe toute petite, sans grand arsenal, si ce n'est celui de la force de conviction et la confiance - qui, malgré tout, dénonce des abus dans 23 pays ! Il est plus convaincant que les autres docu d'Arte sur l'Eglise, qui sont parfois trop à charge avec des sous-entendus qui sont loin d'être des preuves, et des enquêteurs qui ont parfois de gros manques en matière théologique ou technique : cela jette un doute sur l'ensemble du travail, au demeurant légitime.

Là, on a vraiment l'impression que la pédophilie a, une fois de plus, monopolisé l'attention au détriment des manipulations, pressions, violences, abus de pouvoir spirituel et théologique (laisser entendre que le viol est une volonté divine parce qu'exercé dans le cadre de la confession) sur des adultes. Tout le monde a en tête ces blagues sur les prêtres et les nonnes. Là, on s'aperçoit que c'est une réalité institutionnelle (un exemple : les 3/4 des moniales dans une ville du Cameroun sont passées par le même médecin avorteur : on suppose que pas une seule n'a échappé au viol, donc !). Le paravent de la pédophilie me fait un peu penser à ces assoces qui luttent contre la prostitution infantile en Asie ("C'est si vulnérable un enfant !"), mais ne dénoncent pas l'esclavage sexuel des "majeurs" tenus par le chantage sur la famille ou les sortilèges religieux.

Oui, très juste. Concernant la différence de traitement entre les affaires de pédophilie et de viols sur des femmes adultes, il y a ,sans doute, plusieurs explications possibles.

La première, c'est que la dénonciation de la pédophilie au sein de l'Eglise est un long travail de fond. Enfant, j'en avais déjà entendu parler. Concernant les religieuses, ce n'est que très récemment que j'ai eu l'opportunité de voir des interviews et articles, depuis 2020 environ. Je ne sais pas si c'était un secret bien gardé ou s'il y a eu déjà eu, par le passé, un traitement médiatique auquel j'aurais échappé.

Concernant ces religieuses, on peut aussi évoquer tous les verrous mentaux qui se sont imposés à elles, en dehors des menaces, et qui les ont longtemps empêchées de parler. Ils sont très justement exposés dans le reportage.

Il est d'ailleurs certain que ces verrous soient, en partie, partagés avec les enfants victimes de prêtres pédocriminels, il y a des similitudes évidentes : une question de loyauté qui les force à ne pas dénoncer leurs violeurs car elles ne veulent pas que les répercussions s'abattent sur l'institution toute entière, loyauté largement favorisée par la réclusion qu'elles partagent et par le serment d'obéissance qu'elles font vis à vis des prêtres. J'avais d'ailleurs vu une interview hallucinante d'une femme ayant grandi dans une secte religieuse et qui racontait que les membres devaient littéralement bêler (!) quand le prêtre arrivait pour le repas, reprenant à la lettre l'idée que les croyants sont des agneaux fidèles à leur berger.

Enfin on peut ajouter au calvaire des ces religieuses, la honte, le manque d'autonomie financière ou salariat dépendant, le catéchisme manipulateur pour faire accepter les abus, la honte d'avoir brisé leurs vœux, et la peur de ne pas être crues, tout simplement, voire l'impossibilité de trouver un réel secours tant les uns et les autres se couvrent, quand ils ne sont pas des complices ou à l'origine de ces violences.

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Une fois de plus, la thématique de l'"enfant vicieux" qui fait entrer l'adulte en tentation est beaucoup moins crédible dans la population générale que l'idée d'une femme - qu'elle soit religieuse importe relativement peu - qui est PAR NATURE source de tentation - pour ces pauvres prêtres. L'Eglise est une des sources de cette vision. Comme un casier judiciaire chargé pour un repris de justice soupçonné à tort, cette vision du monde vient donc se surajouter d'office aux autres obstacles que vous mentionnez.

J'ai déjà eu affaire à l'Eglise étant adolescent pour des questions, non pas sexuelles (cela m'arrivera, du reste, en tant que jeune adulte), mais de discipline : l'interdiction que l'aumônier scout et l'encadrement du catéchisme m'avaient fait de lire par moi-même la Bible. Ils y voyaient une source de questionnement et de critiques qu'ils voulaient tarir. Ils avaient un "truc" imparable, leur discours sur la pièce de monnaie : ils te montrent le pile et le face et te demandent de choisir un côté. Puis ils te disent que l'Eglise, c'est pareil : elle aussi a son mauvais côté, mais ce n'est pas parce que tu veux pile et que la pièce tombe sur face que tu jettes la pièce. C'est pourquoi les moines, moniales, prêtres se taisent, de peur de nuire au côté divin, christique de l'Eglise en dénonçant des forfaits qui, dans leur esprit, s'expliquent par le fait que "l'Eglise de Dieu" est faite d'hommes - "comme Jésus, notre seigneur et notre Dieu, s'est fait homme de chair et d'os".

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L'aspect "autonomie financière" est un scandale qui est sous nos yeux, et pourtant peu rapporté. Cela peut revêtir l'aspect, sur le plan légal, d'un véritable esclavage. J'ai un cousin très pieux, avec un aspect psychiatrique dûment constaté par la médecine. La fameuse psychose mystique. Il s'est rapproché d'une congrégation religieuse d'Anceny (bénédictine, je crois), composée de vieux moines. Ceux-ci l'ont admis comme "novice" pendant des années, lui faisant accomplir les tâches de ménage et d'entretien, ne lui attribuant pour tout avantage que le titre peu ronflant de cuisinier. C'était un peu le statut servile du "frère convers" au moyen-âge, qui ne devenait jamais moine à part entière. Peu de jours libres, pas de vacances, je crois même qu'en tant que novice, il n'était pas rétribué, si ce n'est logé-nourri. Son "noviciat" a duré des années, infiniment plus que le noviciat normal ; cependant, pour réserver son admission en leur sein, les moines arguaient de son mysticisme trop prononcé - macérations, port du cilice, nuits de veille, imprécations trop bruyantes. Il lui fallait, disaient-ils, "apprendre l'humilité" tout d'abord, c'est-à-dire ne plus se réclamer du rapport personnel et privilégié - typique du délire mystique - qu'il avait avec son dieu. Un jour, devenus trop vieux, les moines ont fermé le couvent et se sont, d'un commun accord, dirigés vers une maison de retraite de l'Eglise. Du coup, mon pauvre cousin a été congédié, sans même un discours de remerciement, et a dû partir vivre chez ses parents à l'âge de plus de 30 ans. C'est un exemple parmi probablement des milliers au sein de cette institution. Encore parle-t-on de la France et pas de l'Amérique du Sud ou de l'Afrique...

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C'est très intéressant et rejoint ce que l'une des victimes expliquait dans le documentaire : les prêtres se posaient comme les seuls capables de lire correctement les textes, de comprendre vraiment les volontés de Jésus ou Yahvé. Empêcher un individu de choisir soi-même les textes revient finalement à le mettre dans une position d'ignorant perpétuel. Cela facilite grandement les velléités de domination mentale et d'empêcher toute remise en question, tout esprit critique possible. Il suffit de regarder les arguments utilisés par les prêtres violeurs pour obtenir le silence et la sidération des religieuses.