Ressentiment et refoulement

Une des causes les plus fréquentes du malheur, qu'il soit individuel ou collectif, est le fait d'individus qui refoulent les motifs véritables de leur ressentiment.

Ils se détruisent eux-mêmes, ou ils détruisent la vie des autres.

Le ressentiment est une colère intérieure qui engendre une rancune permanente.

Il n'est pas mauvais en soi, certaines situations objectives sont génératrices d'un ressentiment légitime. Il en va de la tyrannie d'une structure sociale, d'une injustice, d'une trahison, des fréquentations toxiques ou d'un emploi ingrat.

Le ressentiment légitime, s'il ne détruit pas celui qui y est sujet, doit alors servir de moteur au changement, à la rébellion ou à la vengeance.

De même, le refoulement n'est pas nécessairement mauvais en soi. Des tas de gens vivent dans le déni et sont plutôt heureux. Parfois il est même nécessaire, le déni peut-être un mécanisme de défense psychique qui permet de ne pas sombrer dans la folie. Le refoulement sans ressentiment a peu d'importance.

Le problème survient lorsque le sujet ne parvient pas à identifier les causes de son ressentiment. Il ne parvient pas à les identifier car une telle remise en question entrainerait la perte totale de l'estime de soi, de ses illusions ou de son système de croyance.

Alors l'homme du ressentiment n'a plus qu'une solution pour ne pas sombrer : le refoulement. Le refoulement des causes profondes de son ressentiment.

Il va refouler les causes profondes de son ressentiment et en inventer d'autres, toutes plus fantaisistes et délirantes.

Un tel individu est définitivement perdu et la plupart du temps nuisible.

Sa pensée, ses actes, ses opinions sont sans valeur. Le ressentiment du refoulé corrompt tout le reste. C'est un poison pour lui-même et pour les autres.

Les réalisations de l'homme du ressentiment refoulé n'ont qu'un véritable intérêt : elles permettent de comprendre les causes du ressentiment de son auteur. C'est un intérêt psychiatrique en quelque sorte.

Une once de refoulement, et c'est toute une vie réduite à néant. Une vie entièrement soumise au refoulement des causes de son ressentiment. Une vie sans sens, sans finalité, sans direction.

Pour nourrir une pensée valable, il faut se connaître impitoyablement soi-même, il faut identifier et s'avouer nos plus misérables penchants, nos vices, nos faiblesses, nos turpitudes. Il ne faut faire l'impasse sur aucune de nos mesquineries, de nos petitesses, si humiliantes soient-elles. Il faut comprendre les ressorts profonds de nos désirs, de nos envies.

Sans ce travail, pas de bonheur véritable, pas de paix intérieure, pas de sagesse, pas de compréhension du monde, pas d'amour possible. Pas d'amélioration de notre être , et pas de libération intérieure non plus. Pas d'élévation de l'âme. Pas de transcendance au sens littéral du terme.

Nul ne peut être un bon ami, un bon amant, un bon parent, un bon collègue, quelqu'un de bien s'il refoule les raisons de son ressentiment.

Se connaître soi-même est la clé de tout.

Combien de théories politiques, de traités philosophiques, de romans, d'exotérismes religieux, de principes moraux sont à jeter à la poubelle parce qu'ils ne sont le fruit que du ressentiment du refoulé qui en est l'auteur ? Bien plus qu'on ne le croit. Presque tous probablement.

Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux (Socrate).

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Distinctions très intéressantes. Merci.

Accepter son ressentiment c'est très important. Pour ça, il ne faut pas refouler son ressentiment comme si c'était un péché. Or, c'est justement un péché en christianisme dans bien des cas : l'envie, la convoîtise, la colère... que de péchés.

On nous apprend aussi qu'un ressentiment, c'est de la haine, surtout quand c'est dirigé vers une classe de personne. Et que la haine c'est un sentiment-crime. Donc que le ressentiment est déjà un crime.

Bref, on est encore une société de refoulement, sauf qu'en plus aujourd'hui on prétend qu'on met tout à plat et qu'on parle de tous les problèmes ! Sauf des ressentiments qui rongent les gens.

D'ailleurs voilà pourquoi poser les problématiques raciales et tout mettre à plat, c'est-à-dire faire du racisme politique, permet de dissiper les émotions négatives et de faire baisser la violence. Black Live Matters, ça a calmé beaucoup de noirs dans leur traumatisme différé vis-à-vis de l'esclavage et de la ségrégation, contrairement à ce que les conservateurs aiment dire. Plus les gens parlent de race, plus ils ont l'air de se calmer. Formuler un problème racial, c'est s'autoriser à accepter son ressentiment, et c'est éviter le chemin de la haine ou de la violence.

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